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04/05/2014 12:38 EDT | Actualisé 04/07/2014 05:12 EDT

Soudan du Sud: l'armée prend aux rebelles une base et la ville stratégique de Bentiu

L'armée du Soudan du Sud a repris dimanche une importante base rebelle dans le Nord-Est et la ville pétrolifère stratégique de Bentiu, dans le Nord, menant son offensive en dépit des pressions internationales pour des pourparlers de paix.

L'avancée de l'armée loyale au président Salva Kiir a forcé le chef rebelle, l'ancien vice-président Riek Machar, à fuir vers la frontière éthiopienne, a affirmé à l'AFP le porte-parole de l'armée, Philip Aguer.

Cette offensive, lancée samedi, est annoncée au surlendemain de la venue à Juba du secrétaire d'Etat américain John Kerry, qui avait dit vendredi avoir obtenu l'engagement du président Kiir de rencontrer Riek Machar face-à-face pour négocier la fin du conflit dévastant le pays depuis le 15 décembre.

"Nos forces ont capturé Nasir", une des plus importantes bases rebelles, proche de l'Ethiopie, "ce matin. Après un assaut hier avec de violents bombardements, la ville est à nous. Les rebelles, dont Riek Machar, sont en train de fuir vers la frontière éthiopienne. Nous continuons d'avancer", a déclaré Philip Aguer.

Il a ajouté que les forces gouvernementales étaient entrées dans la ville de Bentiu (nord), capitale de l'Etat pétrolifère d'Unité.

Bentiu a changé plusieurs fois de mains depuis le début de la guerre civile et des atrocités y ont été commises.

Des sources indépendantes se trouvant dans la ville ont confirmé que l'armée gouvernementale la parcourait, après une matinée de féroces affrontements avec les rebelles.

"Les soldats du gouvernement sont maintenant dans Bentiu, il semble qu'ils la contrôlent", a déclaré une de ces sources ayant requis l'anonymat.

Les rebelles avaient repris la ville le mois dernier et, dans la foulée, massacré des centaines de civils, selon les Nations unies.

Les deux camps ont été accusés d'atrocités à travers le pays: massacres ethniques, viols, attaques d'hôpitaux et de lieux de culte, recrutement d'enfants-soldats par milliers.

La lutte de pouvoir entre Salva Kiir, qui accuse de tentative de coup d'Etat Riek Machar, et ce dernier, qui dénonce un prétexte inventé par le président pour éliminer des rivaux politiques, exacerbe de vieux antagonismes entre peuples dinka et nuer, dont sont respectivement issus les deux hommes.

- Menace de sanctions -

Durant sa visite vendredi, John Kerry avait brandi vendredi la menace de sanctions ciblées contre Kiir et Machar (saisie d'actifs, interdiction de visa) s'ils ne s'asseyaient pas à une table pour négocier la formation d'un gouvernement de transition et l'application d'un cessez-le-feu, signé en janvier et jamais appliqué.

M. Kiir avait affirmé à l'émissaire américain être prêt à rencontrer son rival, sous la médiation du Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, tandis que M. Machar, cité par le site internet Sudan Tribune, avait semblé peu enthousiaste et estimé que des négociations face-à-face "pourraient être contre-productives".

Les Etats-Unis ont été le principal artisan de l'accession du Soudan du Sud à l'indépendance en 2011, après plus de deux décennies (1983-2005) de sanglante guerre civile contre Khartoum, et l'ont soutenu à coups de milliards de dollars.

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a également demandé au Conseil de sécurité d'envisager "la possibilité de mettre en place des sanctions", exercées cette fois par les Nations unies, contre les belligérants sud-soudanais. La France, autre membre permanent du Conseil, a soutenu cette idée, évoquant également une possible "saisine de la Cour pénale internationale".

Des milliers de personnes ont déjà péri - probablement des dizaines de milliers, mais les bilans précis manquent -, tandis qu'au moins 1,2 million de Sud-Soudanais ont dû fuir leurs foyers.

Huit bases de l'ONU abritent, dans des conditions épouvantables, plus de 78.000 civils sud-soudanais craignant d'être massacrés s'ils se risquent à en sortir.

Les organisations humanitaires ont prévenu que le Soudan du Sud était au bord de la pire famine que l'Afrique ait connue depuis les années 1980, tandis que l'ONU et les Etats-Unis ont dit craindre que le conflit ne dégénère en génocide.

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