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04/05/2014 12:51 EDT | Actualisé 04/07/2014 05:12 EDT

Odessa: "petite victoire" pour les pro-russes qui assiègent un commissariat

Ils ont défoncé le portail du commissariat d'Odessa, tambouriné sur les portes de fer avec leurs gourdins et une heure plus tard des milliers de pro-russes célébraient dimanche, poing levé, la libération de leurs "frères prisonniers".

Furieux après la mort vendredi dans l'incendie criminel du siège des syndicats d'une quarantaine des leurs, ils l'étaient toujours dimanche à cause de la détention d'une centaine de partisans de Moscou, arrêtés vendredi par la police.

Dans l'après-midi, une foule grondante, portant drapeaux et icônes orthodoxes, se rassemble dans la rue Preobrajenska, face à l'entrée du siège de la police de la ville. Ils lancent des slogans hostiles au pouvoir central de Kiev, exigent la libération des prisonniers pro-russes capturés vendredi.

Soudain, de jeunes gens arrivent au volant d'un camion et s'en servent comme d'un bélier pour enfoncer un premier portail de fer, donnant sur la rue.

Une foule hurlante et brandissant des gourdins improvisés se rue à l'intérieur, cassant les vitres et les pare-brise des voitures et camions de police, tapant aux portes blindées barrant l'accès, à l'intérieur de l'enceinte des locaux de police.

Le bâtiment est bien protégé: épaisses grilles aux fenêtres et sur les toits, hautes palissades. Un millier d'émeutiers se rassemble dans la cour, hurlant "Liberté ! Liberté !"

A aucun moment les forces de l'ordre, barricadées dans leurs locaux, ne tentent de les repousser. Puis la porte de fer s'ouvre, un policier à casquette blanc de peur en sort et annonce, salué par un grondement de plaisir, que les prisonniers vont être relâchés.

Peu après, le premier jeune homme sort, hilare, poing levé, embrassé par ses amis, porté en triomphe. "Bien joué ! Bien joué ! Héros ! Héros !", crie la foule. Il est vite suivi d'autres, certains portant des bandages, certains avec des yeux au beurre noir, tous portés en triomphe.

En quelques minutes, 67 personnes sont élargies sous les vivats, passant entre deux rangées de pro-russes exultants pour regagner la rue où les attendent d'autres manifestants, aux cris de "Liberté ! Liberté !"

Ivan, 30 ans, un grand bâton à la main, se sert d'un masque chirurgical pour dissimuler son visage. "Nous sommes venus libérer nos amis", dit-il. "Ils ont souffert pendant l'incendie allumé par les fascistes qui voulaient les tuer, et en plus la police les a arrêtés".

"D'autres sont encore prisonniers. La police a promis de tous les relâcher ce soir. Nous allons les attendre. Et s'ils ne tiennent pas parole, nous irons les chercher !"

- Folles rumeurs -

La foule est parcourue des rumeurs les plus folles et les plus invérifiables sur ce qui s'est passé vendredi: une femme enceinte aurait été brûlée vive, une mère de famille et sa fille de six ans. Des agents de la CIA auraient dirigé les opérations, la police aurait formé un couloir pour laisser passer des néo-nazis.... Tous le croient dur comme fer.

"Vous comprenez pourquoi on ne peut plus envisager de vivre dans le même pays que ces assassins ?", demande Angelica, 45 ans. "Quel pays est-ce là ? Sur internet, les pro-Kiev se réjouissent, disent que leur barbecue du 2 mai a été un succès".

Son amie Helena, 46 ans, ajoute: "Nous attendons tous l'aide de la Russie. Nous comprenons que pour l'instant elle ne va pas le faire directement, le monde entier la regarde. Nous attendrons le temps qu'il faudra".

Pour protéger leurs visages ("ils filment tout et ensuite viennent vous enlever..."), Sacha et Konstantin, deux jeunes gens athlétiques, ont remonté leurs capuches et noué des foulards sur leurs visages.

"Ceux qui ont été épargnés par les flammes ont été arrêtés. Ce sont des victimes et on a tenté de leur faire porter la responsabilité de ce qui s'est passé", gronde Sacha, ruban orange et noir des partisans de la Russie noué à la bretelle de son sac à dos. "Nos frères sont libérés, c'est une petite victoire. Personne n'a voulu cette guerre, mais elle a déjà commencé".

mm/ahe/plh

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