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04/05/2014 07:03 EDT | Actualisé 04/07/2014 05:12 EDT

Nigeria: l'ex-patron de la Banque centrale dénonce la confiscation de son passeport

L'ex-gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Lamido Sanusi, renvoyé après avoir dénoncé un énorme scandale de corruption, a dénoncé dimanche la confiscation de son passeport par la police secrète, malgré une décision de justice interdisant pareille pratique.

Selon M. Sanusi, qui tentait de prendre l'avion pour la France, l'ordre de confiscation vient du président nigérian Goodluck Jonathan, actuellement sous le feu des critiques pour la corruption de son administration et son impuissance face aux sanglantes attaques du groupe islamiste armé Boko Haram.

Le document saisi "est mon passeport personnel, car mon passeport diplomatique ne m'a jamais été rendu depuis que le SSS (services secrets nigérians) l'avait saisi en février, et a refusé de le rendre malgré une décision de justice", a déclaré l'ancien chef de la Banque centrale à des journalistes à l'aéroport de Kano, dans le nord du Nigeria.

Il avait été suspendu de ses fonctions le 20 février, moins de quatre mois avant la fin de son mandat, après avoir accusé la puissante compagnie pétrolière nationale NNPC d'avoir détourné près de 20 milliards de dollars (14,5 milliards d'euros) de fonds publics.

Son passeport diplomatique avait alors déjà été confisqué une première fois par les services secrets, mais un tribunal avait jugé début avril qu'ils avaient agi illégalement, ordonnant que le document lui soit rendu immédiatement.

Durant le procès, les avocats du ministère de la Justice avaient déclaré, pour la défense du SSS, que le passeport avait été saisi car M. Sanusi aurait financé "le terrorisme" - même si aucune procédure n'a jamais été ouverte contre lui.

Le tribunal avait finalement ordonné le paiement de 50 millions de nairas (300.000 dollars) de dommages et intérêts et la formulation d'excuses publiques envers M. Sanusi.

- Or noir et corruption -

Ce dernier a expliqué dimanche que son passeport personnel avait à nouveau été saisi par le SSS alors qu'il attendait, samedi vers minuit, d'embarquer dans un avion pour la France, où il prévoyait un bref séjour avant de se rendre en Arabie Saoudite en pèlerinage.

"J'ai montré la décision de justice aux agents du SSS qui ont saisi mon passeport, mais ils ont dit qu'ils avaient reçu des ordres de la présidence de saisir mon passeport", a ajouté l'ex-gouverneur de la Banque centrale, 52 ans.

Le SSS n'a pu être joint.

En le suspendant, le président Jonathan avait expliqué que le patron de la Banque centrale avait commis des fautes professionnelles - sans faire aucune mention du "terrorisme" évoqué lors du procès en avril. Les observateurs avaient estimé qu'il s'agissait d'une sanction politique.

Lamido Sanusi avait nié ces accusations, assurant avoir été renvoyé parce qu'il avait dévoilé le scandale de la très influente société pétrolière NNPC (Nigerian National Petroleum Corporation).

"Je vais bien sûr retourner au tribunal pour demander réparation", a-t-il déclaré dimanche.

Cet économiste respecté, qui dirigeait jusqu'en 2009 la First Bank, la plus vieille banque du Nigeria et une des plus grandes institutions financières d'Afrique, avait été informé de sa suspension alors qu'il se trouvait au Niger voisin, pour une rencontre des gouverneurs de Banque centrale de la région.

Son action au Nigeria, où il a remis de l'ordre dans un secteur bancaire au bord de l'implosion et stabilisé la monnaie du pays le plus peuplé et plus gros producteur de pétrole d'Afrique, a été saluée par de nombreux économistes nigérians et étrangers.

Mais cela lui a valu, également, de puissants ennemis politiques, au sein même du parti présidentiel, le PDP, dans un pays où la corruption, que M. Sanusi n'a eu de cesse de dénoncer, est endémique.

La NNPC et ses flots d'or noir sont considérés par beaucoup comme l'épicentre de la corruption au Nigeria.

Le pétrole représente plus de 90% des revenus en devises étrangères du Nigeria, qui possède les deuxièmes réserves estimées du continent (37,2 milliards de barils, après les 48 milliards de la Libye).

Les accusations de M. Sanusi sont tombées au pire moment pour le président Jonathan, qui cherche, malgré son bilan mitigé, à obtenir l'investiture du PDP pour la prochaine présidentielle en février 2015.

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