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04/05/2014 12:45 EDT | Actualisé 03/07/2014 05:12 EDT

"D'une vie à l'autre", entre thriller sur l'identité et drame familial

Entre thriller et drame familial, "D'une vie à l'autre" du réalisateur allemand Georg Maas confronte l'identité et le passé d'une femme et mère de famille avec l'Histoire, mettant à rude épreuve les liens avec les siens.

"C'est une combinaison entre un thriller d'espionnage, un drame de famille mais on pourrait aussi le qualifier de thriller sur l'identité", explique à l'AFP Georg Maas, dont le film sera bientôt sur les écrans en France et en Belgique.

Katrine (Juliane Köhler) a grandi en Allemagne de l'Est et vit depuis 20 ans en Norvège où elle s'est mariée, a eu un enfant et travaille.

Sa mère est norvégienne, son père était un soldat allemand pendant la Seconde guerre mondiale.

Placée dans un orphelinat de Saxe réservé aux enfants aryens (un Lebensborn), elle parviendra à s'échapper de l'ex-RDA des années plus tard pour rejoindre sa mère en Norvège.

Mais au début des années 90, le Mur de Berlin tombe. Quand un avocat lui demande de témoigner dans un procès contre l'Etat norvégien au nom des "enfants de la honte", elle refuse, aiguisant sa curiosité.

Tiré d'un roman, "D'une vie à l'autre" réunit des héros "à la fois coupables et innocents, bourreaux et victimes", relève le cinéaste qui signe un deuxième film passionnant après "New found land".

"Ils sont des acteurs lucides de l'Histoire. Ils cherchent le bonheur présent mais ne peuvent fuir leur passé sombre", poursuit Georg Maas.

11.000 enfants sont issus de liaisons entre des femmes norvégiennes et des soldats allemands pendant l'occupation allemande de 1940 à 1945 selon la production du film. 250 de ces "enfants de la honte" furent déportés en Allemagne par les Nazis, la plupart logés dans un orphelinat de SS en Saxe.

Dans les années 60, la Stasi a commencé à s'intéresser à eux. Certains sont devenus des espions pour le compte de l'ex-RDA. Mais souvent, ce sont des espions de l'Est qui usurpent leur identité pour infiltrer l'Ouest.

- 'Il faut pardonner'-

Peu de films ont parlé des Lebensborn et encore moins des liens avec la Norvège. Heinrich Himmler, obsédé par la pureté raciale, estimait que les Norvégiens, étant les descendants directs des Vikings, avaient nécessairement de la bravoure, de la force... et étaient donc parfaits pour le plan de reproduction germanique.

"Les enfants de Lebensborn et leurs mères ont été très mal traités après la guerre. Je crois que le silence est un miroir pour la honte, surtout la honte de la société qui les a ainsi traités", dit George Maas.

"Une deuxième raison pourrait être qu'une grande part des enfants de Lebensborn ont commencé seulement assez récemment à se réunir et faire des recherches sur leurs passés".

Le réalisateur en a rencontré plusieurs, des personnes "très ouvertes bien qu'émotionnellement, il ait été souvent difficile pour elles de parler de leur vie".

"J'ai aussi rencontré des agents de la Stasi qui ont travaillé à l'Ouest. Mais ceux qui avaient volé l'identité d'un enfant Lebensborn ont tous disparu".

S'il existe des archives (orphelinat, Stasi etc), "pour la plupart des enfants, il est tout de même très difficile d'obtenir des informations sur leurs parents et leurs familles", souligne-t-il.

L'immense actrice norvégienne Liv Ullman, qui campe la mère, parle d'un film sur le pardon.

"Même si on ne peut pas oublier, il faut pardonner", dit-elle.

"Absolument", répond George Maas qui évoque aussi un long métrage "sur la vérité et sur la question: qu'est-ce que la vérité?". Donc, ajoute-il, "qu'est-ce que le mensonge?".

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