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04/05/2014 01:36 EDT | Actualisé 03/07/2014 05:12 EDT

Diên Biên Phù, bataille meurtrière, symbole de la défaite de la France en Indochine

7 mai 1954, 17H30. Après "56 jours et 56 nuits de bruit et de fureur", "il y eut soudain un surprenant, un terrible silence", racontait le cinéaste Pierre Schoendoerffer, fait prisonnier lors de la chute du camp retranché de Diên Biên Phù qui a scellé le sort de l'Indochine française.

La bataille de Diên Biên Phù, il y a 60 ans, est le symbole de la défaite de la France en Indochine, mais aussi son dernier affrontement conventionnel meurtrier.

La guerre d'Indochine dure depuis sept ans en avril 1953, lorsque le Viêt-minh, mouvement indépendantiste communiste, lance sa première grande offensive vers le Laos qui vient d'accéder à l'indépendance.

Le général Henri Navarre, commandant en chef en Indochine, décide de défendre le Laos à Diên Biên Phù, paisible bourgade et passage obligatoire vers ce pays.

En novembre 1953, 3.000 parachutistes sont lâchés à Diên Biên Phù pour en faire un camp retranché avec une piste d'aviation par laquelle doivent arriver renforts, munitions et ravitaillement.

L'état-major français est persuadé que les divisions d'élite du général Vo Nguyen Giap vont connaître des problèmes de logistique et que l'artillerie Viêt-minh n'aura pas les moyens de bombarder le camp.

Le Viêt-minh, soutenu par la Chine, va démontrer le contraire. Des dizaines de milliers de "bo doi" (soldats Viêt-minh) et de porteurs acheminent vivres et armes par une noria de camions et de vélos. Fin janvier, les troupes qui encerclent Diên Biên Phù sont évaluées à 40.000 hommes.

- Puissance de feu insoupçonnée -

Le 13 mars 1954, 60.000 soldats Viêt-minh font face à 12.000 Français. Le Viêt-minh déclenche son offensive avec une puissance de feu que le commandement français n'avait pas prévue.

L'artillerie française s'avère incapable de riposter à une artillerie viêt-minh parfaitement camouflée. La piste d'aviation, battue jour et nuit par les canons viêt-minh est impraticable. Les avions sanitaires ne peuvent plus atterrir ou redécoller pour emporter les blessés graves qui s'entassent dans les souterrains de l'hôpital de campagne.

Les combattants Viêt-minh, qui progressent dans des tranchées, grignotent les positions françaises soumises jour et nuit à un déluge d'obus.

Le 28 mars, le dernier avion sanitaire se pose avec l'infirmière Geneviève de Galard qui restera bloquée dans le camp retranché jusqu'à la fin. "Dans l'antenne médicale, le bruit des bombardements était infernal et, lors de l'accalmie du matin, on savait que d'autres brancards allaient nous arriver", raconte-t-elle.

"Quand tout cela sera fini, Geneviève, je vous emmènerai danser", lui dit Haas Hantz, un jeune légionnaire allemand, amputé des deux bras et d'une jambe et qui survivra.

Durant le mois d'avril, les points d'appui français tombent les uns après les autres malgré l'espoir de l'état-major de tenir encore pour peser sur des négociations ouvertes à Genève le 26 avril.

Le 7 mai 1954, les dernières positions françaises sont submergées. L'ensemble de la garnison est fait prisonnier.

60 ans plus tard, Hoang Dang Vinh, l'un des derniers survivants vietnamiens de la bataille, se souvient : "Le ciel était rempli de hautes colonnes de fumée noire des véhicules incendiés. Les champs étaient couverts de cadavres de soldats et d'équipements militaires détruits".

Il n'a "pas été facile de vaincre les Français", dit celui qui n'avait alors que 19 ans, mais "ils ont perdu parce qu'ils pensaient que les Viêt-minhs ne pouvaient pas gagner à Diên Biên Phù".

Le 21 juillet 1954, un accord international est signé à Genève qui scelle la fin de la présence française en Indochine et entérine la partition politique du Vietnam. Le pays ne sera finalement réunifié qu'après la chute de Saïgon le 30 avril 1975, qui met fin à la deuxième guerre d'Indochine, consacrant la victoire du Nord sur le Sud, malgré l'engagement militaire américain.

- Conflits conventionnel et asymétrique -

Diên Biên Phù a coûté la vie à plus de 10.000 soldats côté français : 1.700 sont morts dans la bataille, 1.400 ont disparu et 70% des 10.000 prisonniers ont péri dans les mois qui ont suivi la chute du camp.

Des chiffres sans aucune mesure avec la centaine de militaires français tués en opérations depuis une douzaine d'années et le début de l'engagement en Afghanistan, alors que la protection des combattants est devenue la priorité des armées.

"En Indochine, on est quasiment sur des guerres conventionnelles, avec deux armées qui s'affrontent, note le lieutenant-colonel Christophe Bertrand, conservateur au Musée de l'Armée. Au Mali ou en RCA, on est dans des conflits asymétriques", avec une armée constituée opposée à des groupes armés.

La défaite française en Indochine a produit des figures de légende - le futur général Marcel Bigeard à la tête de ses paras ou "l'ange de Diên Biên Phù", Geneviève de Galard. La guerre moderne met au contraire l'ensemble de la force, "Serval" au Mali, "Sangaris" en RCA, en avant, plutôt que les individus.

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