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29/04/2014 04:24 EDT | Actualisé 29/04/2014 04:37 EDT

Le nouveau roman de Katia Gagnon « Histoires d'ogres » : comprendre l'ignoble, sans l'excuser (ENTREVUE)

D’un côté, il y a Jade, une jeune prostituée toxicomane qui enchaîne les clients dans un motel miteux d’Hochelaga. De l’autre, Stéphane Bellevue, un pédophile meurtrier qui a semé l’émoi dans la province avec le crime sordide qu’il a commis. Entre les deux, Marie Dumais, la journaliste spécialisée dans les sujets sociaux imaginée par Katia Gagnon, elle-même journaliste à La Presse.

Trois ans après la publication de son premier roman, La Réparation, qui traitait de l’intimidation à l’école, la journaliste et écrivaine a voulu détailler le passé d’un personnage inspiré de Mario Bastien, l’agresseur sexuel ayant tué le jeune Alexandre Livernoche en août 2000.

« Quand Bastien a été condamné, l’impact médiatique était énorme, se rappelle-t-elle. Les gens se déplaçaient pour lui lancer des choses en prison. Non seulement il avait commis un crime ignoble, mais l’idée qu’un homme de son gabarit s’en prenne à un enfant suscitait des images insoutenables. Il rejoignait symboliquement l’image qu’on a de l’ogre quand on est petit, soit le méchant suprême. »

Tout au long de son enquête, la journaliste du roman tente de comprendre le passé et les motivations de cet être monstrueux, mais sans chercher à l’excuser.

«Selon moi, ce n’est pas parce que quelqu’un est un produit de l’inceste, qu’il a été abusé et balloté dans différentes familles d’accueil durant son enfance qu’il n’a d’autre choix que de devenir criminel, répond Katia Gagnon. C’est pour cette raison que j’ai introduit un autre personnage avec un passé tout aussi lourd, mais qui n’a pas fini comme ça. En fait, je me suis beaucoup intéressée au point de bascule, ce moment où une personne décide de son sort et tend vers la criminalité.»

S’inspirant des multiples rencontres réalisées dans le cadre de son travail avec les criminologues, les travailleurs sociaux, les éducateurs, les psychologues et les travailleurs de rue pour élaborer son histoire, l’auteure ne cesse de creuser le sillon des êtres marginaux et des personnages au destin trouble.

« J’aime immerger dans le drame de quelqu’un. Regarder par la fenêtre d’une vie. M’imaginer la vivre. Ressentir profondément la peur, la rage, la faim, l’injustice. Je peux regarder par cette fenêtre aussi longtemps que je veux, capter tous les petits détails, puis recracher le tout en pleurant sur du papier. Ensuite, en sortir », écrit-elle dans son roman.

En entrevue, la journaliste affirme être attirée depuis toujours par ce qu’elle n’est pas censée voir ou entendre. «Pour mon travail, j’ai eu le privilège de pénétrer dans certains endroits où le commun des mortels n’entrera jamais, comme à l’Institut Pinel, où je suis allée pendant une semaine afin de rencontrer des patients et des médecins. C’est fascinant d’observer la complexité de l’esprit humain et de découvrir ce qui les a menés là.»

Elle ajoute que son travail est également porté par un désir de sensibiliser la population à ces tristes réalités. «Il y a dix ans, les médias couvraient très peu les histoires de la DPJ, ou le faisaient de façon très anecdotique. Aujourd’hui, avec les journalistes qui vont sur le terrain pour parler aux gens, je crois qu’on arrive à éveiller la population à cette problématique. Que ce soit dans un livre ou dans un reportage.»

Bien qu’elle ait parfois l’impression d’être un vautour ou une touriste de la misère, elle demeure convaincue du bienfondé de sa démarche. «Notre but n’est jamais d’exploiter les gens pour se rendre riche ou célèbre avec leur histoire... Mais parfois, je me questionne à savoir ce qu’il y a de mieux : parler de situations dramatiques en ressentant un inconfort ou arrêter de parler d’eux et les laisser sombrer dans l’indifférence? Honnêtement, je pense qu’on fait œuvre utile.»

Katia Gagnon savoure la liberté que lui apporte l’écriture romanesque, tant dans l’absence des contraintes de longueur que dans la possibilité de raconter une histoire comme elle seule l’entend. Elle utilise aussi son personnage afin d’exprimer bien des choses que son métier de journaliste ne lui permet pas.

« J’ai plusieurs retailles de reportages dans mes carnets qui ne servent pas dans un journal, mais qui s’avèrent fondamentales sur le plan humain pour un roman. En tant que journaliste, je suis témoin de toutes sortes de situations qui sont du bonbon pour un romancier. C’est une mine de sujets incroyable. »

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