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Tunisie: les policiers jugés pour le viol d'une jeune femme nient les faits

Des policiers tunisiens jugés pour le viol d'une jeune femme en 2012 ont nié les faits lundi en l'accusant au contraire de leur avoir fait des avances, provoquant les pleurs de "Meriem" et la colère de ses avocats.

"Ils ont tout nié", a déclaré à l'AFP Radhia Nasraoui, l'une des avocates de la jeune femme connue sous le nom d'emprunt de Meriem Ben Mohamed.

L'un des policiers, a poursuivi Me Nasraoui, a assuré que c'est la jeune femme qui avait cherché à lui faire une fellation.

"Ils ont nié" avoir violé Meriem, a confirmé Koutheir Bouallègue, un autre de ses avocats. "L'un a juste reconnu s'être masturbé", a-t-il ajouté.

La défense des accusés a réclamé un non-lieu et le juge a levé l'audience en fin d'après-midi, annonçant que le verdict serait rendu après délibération.

L'audience s'est déroulée à huis clos et les journalistes n'ont pas été autorisés à y assister.

Trois agents de police sont poursuivis et incarcérés dans cette affaire. Deux sont accusés d'avoir violé la jeune femme à tour de rôle et le troisième d'avoir conduit son petit ami jusqu'à un distributeur de billets pour lui extorquer de l'argent, en septembre 2012 dans la banlieue de Tunis.

Les policiers affirment avoir surpris les deux fiancés en train d'avoir des relations sexuelles dans une voiture.

Le Parquet avait tenté d'engager des poursuites pour atteinte à la pudeur contre le couple, déclenchant un vaste scandale en Tunisie et une campagne de soutien à la victime à l'étranger.

Dans l'après-midi, Meriem est sortie en pleurant de la salle d'audience. Selon son avocate Emna Zahrouni, l'un des avocats des policiers, disant se baser sur le rapport de la médecine légale, a en effet insisté lors de sa plaidoirie sur le fait que la jeune femme avait une activité sexuelle régulière.

"Leur objectif, c'est de dire au tribunal qu'elle n'était pas vierge. Ils attaquent sa personne", sachant que les relations sexuelles hors mariage sont taboues en Tunisie, a dénoncé l'avocate.

"Il ne manque plus (à la défense) que de la traiter de traînée", a fulminé Me Radhia Nasraoui.

"Quand je réclame justice, on m'insulte", a lancé Meriem, visiblement bouleversée.

Avant l'audience, la jeune femme avait dit à l'AFP ne pas être très optimiste sur l'issue du procès.

"Qu'on en finisse avec cette histoire. Mais je ne lâcherai pas, quel que soit le verdict", a-t-elle affirmé avec détermination aux côtés de son fiancé, assurant ainsi qu'elle ferait appel si le tribunal se montrait clément à l'encontre des policiers.

Une dizaine de manifestants, dont Amina Sboui, ancienne membre tunisienne des Femen, sont venus lui manifester leur soutien devant le tribunal.

"La société a été dure avec Meriem. Je suis là pour soutenir Meriem et toute femme victime de viol. Toute personne ayant violé une femme doit être punie", a dit Amina à l'AFP, en encourageant les femmes victimes à porter plainte malgré les difficultés.

Meriem, âgée de 27 ans au moment des faits, a publié en France un livre racontant son histoire sous le titre "Coupable d'avoir été violée".

Selon le rapport d'expertise psychologique joint au dossier et dont l'AFP a pu prendre connaissance, Meriem Ben Mohamed souffre de "dépression compliquant un état de stress post-traumatique".

"La plaignante présente des troubles anxieux, dépressifs, rencontre des problème d'adaptation, des troubles de la personnalité (...) directement liés aux faits subis", ajoute le rapport, précisant que ces troubles pouvaient durer des mois ou des années après un viol.

Lors d'une précédente audience, sa famille avait déclaré avoir reçu des menaces.

kl-iba/hj

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