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31/03/2014 10:39 EDT | Actualisé 31/05/2014 05:12 EDT

Suspense en France sur un changement de politique et un remaniement gouvernemental

Au lendemain d'une lourde défaite des socialistes aux municipales, le président François Hollande entretenait lundi le suspense sur une réorientation de sa politique et un remaniement gouvernemental réclamés jusque dans son camp.

Grille fermée à l'Elysée, lourde porte en bois également close à Matignon, sièges respectivement de la présidence française et des bureaux du Premier ministre: faute d'informations, les médias en étaient réduits dans l'après-midi à spéculer sur les tractations en cours.

François Hollande va s'exprimer devant les Français "sans doute à la télévision", avait indiqué dans la matinée un proche, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, mais sans préciser quand.

Moins de deux ans après son accession au pouvoir en mai 2012 et à deux mois d'élections européennes qui s'annoncent au moins aussi périlleuses pour la majorité, le président français a essuyé à travers le scrutin local une défaite personnelle.

Les électeurs de gauche lui ont fait défaut, une grande partie d'entre eux se réfugiant dans l'abstention, ne lui pardonnant pas son incapacité à faire baisser le chômage comme il s'y était engagé.

Plusieurs ténors de la gauche n'ont pas attendu pour réclamer un changement d'orientation. Il faut "changer de trajectoire" vers plus de "solidarité" envers les plus modestes, et "indiquer à nos partenaires européens que la politique d'austérité telle qu'elle est menée n'est plus supportable", a estimé le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis.

Les deux courants de l'aile gauche, "la Gauche durable" et "la gauche populaire", ont donné rendez-vous aux parlementaires de tous horizons lundi soir à l'Assemblée nationale pour se concerter sur une "réorientation" de la politique "à gauche". Le message vise à avertir qu'ils ne se contenteront pas d'un "changement de casting".

Jean-Vincent Placé, chef de file des sénateurs écologistes, a brandi de son côté la menace d'une rupture de la majorité, à laquelle participent jusqu'à présent les écologistes avec deux ministres, si l'exécutif ne change pas de politique. Les écologistes ont tiré leur épingle du jeu dans le scrutin municipal où ils ont notamment ravi la ville de Grenoble (est) aux socialistes.

Le "pacte de responsabilité" lancé par François Hollande, qui a pour objectif d'abaisser les charges des entreprises dans l'espoir de relancer les embauches, "est invotable en l'état", a averti lundi M. Placé. François Hollande a promis d'engager la responsabilité de l'exécutif au printemps devant le Parlement sur ce "pacte de responsabilité".

- La France, 'homme malade de l'Europe' -

En perdant au moins 155 villes de plus de 9.000 habitants - certaines à gauche depuis plus de 100 ans - le camp socialiste abandonne à la droite son statut de premier pouvoir local conforté lors du précédent scrutin municipal en 2008.

Alain Juppé, ancien ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, a estimé que cette "défaite cuisante" de la gauche mettait la droite "devant ses responsabilités" avec une obligation de préparer "l'alternance".

Le Front national, qui était quasiment absent à l'échelon local, remporte pour sa part 11 mairies, ce qui a permis à la présidente du parti d'extrême droite Marine Le Pen de saluer "une nouvelle étape" dans l'histoire de son parti.

Evoqué depuis des semaines, le changement de Premier ministre paraît plus que jamais inéluctable.

La reconduction de Jean-Marc Ayrault "après cette gifle, ne pourrait apparaître que comme une surdité au message des électeurs", juge l'éditorialiste Jean-Marcel Bouguereau dans le quotidien régional La République des Pyrénées.

Selon un sondage BVA pour le journal Le Parisien/Aujourd'hui en France, près des trois quarts (74%) des Français ne souhaitent pas que M. Ayrault reste Premier ministre.

L'entourage de François Hollande a laissé entendre dimanche soir qu'il avait entendu le message.

"Les électeurs ont exprimé une attente vive... et parfois de la colère", a pour sa part noté le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, donné comme favori pour prendre la tête du prochain gouvernement. "Il s'agit bien d'une défaite locale et nationale pour la gauche et le gouvernement", a-t-il reconnu sans ambages.

François Hollande paie notamment très cher son incapacité à inverser, comme il l'avait promis, la courbe du chômage. Le nombre de demandeurs d'emplois a atteint en février le chiffre record de 3,34 millions.

Pour le président du patronat, Pierre Gattaz, la France est en passe de devenir "l'homme malade de l'Europe".

Une mauvaise nouvelle est encore tombée lundi avec les chiffres du déficit public. Alors que l'objectif était de le ramener à 4,1% du PIB en 2013 (contre 4,9% en 2012), il a encore atteint 4,3%. Le gouvernement s'est engagé auprès de Bruxelles à faire passer le déficit public sous 3% du PIB en 2015.

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