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31/03/2014 11:06 EDT | Actualisé 31/05/2014 05:12 EDT

Le désengagement fédéral en santé dénoncé

La Coalition canadienne de la santé organise aujourd'hui une série de manifestations et d'évènements publics partout au pays pour protester contre le désengagement du gouvernement fédéral en matière de financement des soins de santé.

Une première manifestation a eu lieu en matinée à Dieppe, au Nouveau-Brusnwick, et d'autres sont prévues à Charlottetown, Moncton, Fredericton, Ottawa, Toronto, Winnipeg, Regina, Saskatoon, Edmonton, Vancouver, Yellowknife et Iqaluit. Au total, une quarantaine d'évènements auront lieu d'un océan à l'autre.

La coalition veut ainsi souligner que l'Accord sur la santé conclu en 2004 par les premiers ministres du Canada et des provinces prend fin aujourd'hui, et qu'elle s'inquiète de la suite des évènements.

Selon la Coalition, la nouvelle façon de faire du fédéral se traduira par un manquer à gagner de 36 milliards de dollars au cours des prochaines années, dont 14 milliards en Ontario, 8 milliards au Québec et 715 millions du Nouveau-Brusnwick.

Pour la présidente de la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et d'infirmiers, Linda Silas, Ottawa doit faire preuve de leadership et négocier un nouvel accord avec les provinces et les territoires. Selon elle, Ottawa doit s'assurer d'améliorer et de renforcer le système de santé, et de préserver un accès équitable pour tous les Canadiens, où qu'ils soient.

« Le gouvernement fédéral refuse de négocier un nouvel accord et, avec la fin de cet accord, une plus grande partie des coûts de la santé et des risques seront transférés aux provinces », a-t-elle dénoncé lors d'une conférence de presse organisée à Ottawa.

Le président national du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Paul Moist, a abondé dans le même sens. Diminuer le financement de 36  milliards de dollars équivaut à fermer 90 000 lits, ou à congédier 60 000 infirmières, a-t-il illustré.

Diminuer le financement du système public de santé, ajoute-t-il, ouvre en outre la porte à la privatisation des services voire, à terme, à un système de santé à l'américaine.

« Ça va avoir des conséquences énormes dans 10 ans. On va perdre trois quarts de milliard de dollars [dans] notre province », a pour sa part commenté Daniel Légère, président du SCFP pour le Nouveau-Brusnwick. « On ne peut pas se permettre de perdre des revenus de même dans un système aussi important que le système de santé » a poursuivi M. Légère, qui coordonnait la manifestation de Dieppe. Une dizaine de personnes s'y sont présentées.

À plusieurs endroits, les manifestants prévoient se rassembler devant des bureaux de députés conservateurs pour faire valoir leur point de vue.

À Toronto, un rassemblement d'artistes aura lieu ce soir à l'église Trinity St. Paul en présence de l'actrice Shirley Douglas, fille de Tonny Douglas, considéré comme le père l'assurance maladie universelle au Canada.

Le fils de Mme Douglas, l'acteur Kiefer Sutherland, s'est aussi jeté dans la mêlée en enregistrant une vidéo d'une minute pour la Coalition, pour diffusion sur la plate-forme YouTube.

L'accord de 2004, qui s'est traduit par une injection de 41 milliards de dollars du fédéral en 10 ans, n'a pas été renégocié. En décembre 2011, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a unilatéralement décidé de le prolonger jusqu'en 2016-2017, et d'adopter de nouvelles règles du jeu pour la suite.

En vertu de ce plan, les paiements du Transfert canadien en matière de santé augmentent de 6 % par année jusqu'en 2016-2017; par la suite, l'augmentation sera ajustée en fonction de l'augmentation du PIB, jusqu'en 2025. Ottawa garantit une hausse minimale de 3 %. 

À compter de 2017-2018, les paiements du fédéral seront en outre calculés en fonction du PIB par habitant, sans tenir compte des coûts liés au vieillissement de la population ou au nombre de personnes âgées que compte chaque province.

Les manifestants craignent que ces augmentations soient insuffisantes pour couvrir l'augmentation prévue des coûts des soins, particulièrement pour une population qui se fait vieillissante.

Le financement des soins de santé est l'un des chevaux de bataille du Conseil de la fédération. Les premiers ministres des provinces ont dénoncé l'été dernier la diminution des sommes quelles reçoivent en vertu du Transfert canadien en matière de santé. Ces sommes seront réduites de 36 milliards sur 10 ans, à compter de 2014-2015.

Elles soulignaient qu'Ottawa n'assumera plus à terme que 20 % des coûts de la santé. À l'origine, Ottawa devait assumer 50 % de cette facture grâce à ce programme.