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31/03/2014 07:45 EDT | Actualisé 31/05/2014 05:12 EDT

La Russie réduit la pression militaire à la frontière de l'Ukraine

La Russie retire progressivement ses troupes massées à la frontière de l'Ukraine, ont annoncé lundi les autorités ukrainiennes, suscitant des espoirs de détente malgré l'échec des pourparlers entre Moscou et Washington à Paris.

La présence de ces soldats faisait craindre à Kiev une invasion de sa partie orientale, en grande partie russophone, et une répétition du scénario qui a conduit à la perte de la Crimée, au Sud, où le Premier ministre russe Dmitri Medvdev s'est rendu lundi.

"Les forces russes se retirent progressivement de la frontière", a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'Etat major du ministère de la Défense, Olexiï Dmytrachkivski.

"C'est peut-être lié au besoin d'assurer une relève. L'autre hypothèse, c'est que ce serait lié aux négociations entre la Russie et les Etats-Unis" dimanche soir à Paris.

L'organisation dans l'urgence de cette rencontre entre les chefs de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et américain John Kerry avait été décidée après un entretien vendredi soir entre Vladimir Poutine et Barack Obama, qui avaient convenu de la nécessité de négociations afin d'amorcer une sortie de crise.

Avant ces pourparlers, le ministre russe avait affirmé que Moscou n'avait "absolument aucune intention ni intérêt" à traverser la frontière de l'Ukraine, semblant afficher une certaine volonté de mettre fin à la confrontation aux airs de Guerre froide engagée entre Moscou et les Occidentaux.

Mais après quatre heures de discussions, les deux hommes n'ont pu que constater leurs divergences et convenu de continuer à dialoguer.

"Nous avons exprimé des positions divergentes sur les causes de la crise ukrainienne", a déclaré M. Lavrov. "Nous sommes d'accord sur la nécessité de trouver des points d'accord pour arriver à un règlement diplomatique de cette crise", a-t-il cependant ajouté.

Le chef de la diplomatie russe a poursuivi ses consultations diplomatiques lundi avec son homologue français Laurent Fabius, qui selon le Quai d'Orsay a souligné "l'urgence d'une solution diplomatique".

Le ministre français doit s'envoler ensuite dans l'après-midi pour Berlin où il retrouvera ses homologues allemand Frank-Walter Steinmeier et polonais Radoslaw Sikorski.

- une invasion moins probable -

De son côté, M. Kerry a opposé une fin de non recevoir en l'absence de représentant de Kiev à l'idée présentée par Moscou d'une solution fédérale pour l'Ukraine, donnant une large autonomie aux régions russophones de l'Est de l'ex-république soviétique. "Pas de décisions sur l'Ukraine sans l'Ukraine", a-t-il tranché.

Le secrétaire d'Etat américain a aussi réitéré l'appel de Washington au retrait des forces russes massées aux frontières de l'Ukraine, préalable à toute sortie de crise.

Jeudi, le président du conseil de sécurité nationale ukrainien Andriï Paroubiï avait affirmé que Moscou avait massé 100.000 soldats. Les Etats-Unis ont évoqué la présence de 20.000 hommes.

La Russie a démenti toute présence massive, expliquant que des récentes inspections internationales n'avaient décelé aucune activité militaire inhabituelle et accusant les Occidentaux de mauvaise foi.

Le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense n'a pas été en mesure de préciser combien d'hommes se trouvaient actuellement dans les zones frontalières.

L'expert militaire Dmytro Tymchuk a estimé à 10.000 les effectifs restant stationnés. "La probabilité d'une invasion a nettement diminué", a-t-il estimé sur son blog.

-Medvedev en Crimée-

A Kiev, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a cependant assuré que le pays restait sur le pied de guerre.

"Nous assurons la défense de nos frontières. Nous sommes prêts à toute agression", a-t-il déclaré lors d'un passage en revue de la Garde nationale, véritable armée de volontaires créée par les autorités de transition en place en Ukraine depuis la destitution de Viktor Ianoukovitch fin février.

Il a aussi balayé toute idée de fédéralisme. "MM. Lavrov, Poutine et Medvedev peuvent proposer ce qu'ils veulent pour la Fédération de Russie et pour résoudre ses problèmes, mais pas les problèmes de l'Ukraine", a-t-il tranché.

Dimanche, le ministère ukrainien des Affaires étrangères avait déjà accusé Moscou de tentative de déstabilisation et de vouloir diviser encore plus le pays déjà amputé de facto de la Crimée.

La péninsule de la mer Noire, passée en moins de trois semaines du statut de république autonome ukrainienne à celui de sujet de la Fédération de Russie, a reçu la visite du Premier ministre Dmitri Medvedev.

Premier dirigeant de haut rang à se rendre dans ce territoire depuis son rattachement, il a dirigé une réunion consacrée au "développement socio-économique de la Crimée et de la ville de Sébastopol", avec les autorités locales.

Après le rattachement de la péninsule à la Russie, "pas un seul habitant de Crimée ne doit perdre quoi que ce soit, chacun doit y gagner", a-t-il déclaré.

Le favori des sondages pour la présidentielle du 25 mai en Ukraine, le milliardaire Petro Porochenko, a reconnu que l'Ukraine avait peu de chances de retrouver la Crimée à court terme.

L'ancien ministre de 48 ans, qui a soutenu le mouvement de contestation contre M. Ianoukovitch, fait partie des 46 candidats qui se sont déclarés auprès de la commission électorale, de même que l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, sortie de détention le jour de la destitution de Viktor Ianoukovitch.

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