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France: Hollande change de Premier ministre après une déroute électorale

Au lendemain d'une défaite historique de la gauche aux élections municipales, le président François Hollande devait annoncer lundi la nomination du ministre de l'Intérieur, le "socialiste de droite" Manuel Valls, à la tête du gouvernement après la démission de Jean-Marc Ayrault, un changement effectué sous la pression.

Acculé, jusque dans son camp, à annoncer un remaniement gouvernemental et un changement de politique, le chef de l'Etat, au plus bas dans les sondages, devait annoncer qu'il avait choisi le ministre préféré des Français, selon des sources concordantes, pour remplacer un Premier ministre qui n'a jamais réussi à convaincre.

Né à Barcelone et devenu français à 20 ans, tenant d'un socialisme à la Tony Blair, notamment en matière économique, qui l'a souvent placé en porte-à-faux avec son parti, M. Valls, 51 ans, est bien plus populaire à droite qu'à gauche.

Lors de sa dernière prise de parole lundi, il avait estimé que les Français ont exprimé "une attente vive (...) et parfois de la colère", relevant qu'il "s'agit bien d'une défaite locale et nationale pour la gauche et le gouvernement".

La ministre écologiste du Logement, Cécile Duflot, ne devrait pas figurer dans le nouveau gouvernement, selon des sources parlementaires socialistes. La ministre avait mis dans la balance sa sortie du gouvernement en cas de nomination de M. Valls, à qui elle s'est plusieurs fois opposée.

Le chef de l'Etat devait expliquer son choix dans une allocution télévisée diffusée à 18H00 GMT.

La chef du parti d'extrême droite Front National (FN) , Marine Le Pen, n'a pas attendu l'allocution présidentielle pour dénoncer un choix de Premier ministre qui "ne changera rien".

"C'est un changement de politique que les Français attendent et pas tant un mercato gouvernemental", a-t-elle lancé au lendemain d'une percée historique du FN qui a confirmé son ancrage en remportant une dizaine de villes.

Moins de deux ans après son accession au pouvoir en mai 2012 et à deux mois d'élections européennes qui s'annoncent au moins aussi périlleuses pour la majorité, le président français a essuyé à travers ce scrutin local une défaite personnelle.

Les électeurs de gauche lui ont fait défaut, une grande partie d'entre eux se réfugiant dans l'abstention, ne lui pardonnant pas son incapacité à faire baisser le chômage comme il s'y était engagé.

Plusieurs ténors de la gauche réclament un changement d'orientation. Il faut "changer de trajectoire" vers plus de "solidarité" envers les plus modestes, et "indiquer à nos partenaires européens que la politique d'austérité telle qu'elle est menée n'est plus supportable", a estimé le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis.

Les deux courants de l'aile gauche du parti socialiste, "la Gauche durable" et "la gauche populaire", ont donné rendez-vous aux parlementaires de tous horizons lundi soir à l'Assemblée nationale pour se concerter sur une "réorientation" de la politique "à gauche". Le message vise à avertir qu'ils ne se contenteront pas d'un "changement de casting".

Jean-Vincent Placé, chef de file des sénateurs écologistes, a brandi de son côté la menace d'une rupture de la majorité, à laquelle participent jusqu'à présent les écologistes avec deux ministres, si l'exécutif ne change pas de politique. Les écologistes ont tiré leur épingle du jeu dans les scrutins municipaux, prenant notamment la ville de Grenoble (est) aux socialistes.

En perdant au moins 155 villes de plus de 9.000 habitants - certaines à gauche depuis plus de 100 ans -, le camp socialiste a abandonné à la droite son statut de premier pouvoir local.

Alain Juppé, ancien ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, a estimé que cette "défaite cuisante" de la gauche mettait la droite "devant ses responsabilités" avec une obligation de préparer "l'alternance".

Avec les municipales, François Hollande a notamment payé très cher son incapacité à inverser, comme il l'avait promis, la courbe du chômage. Le nombre de demandeurs d'emplois a atteint en février le chiffre record de 3,34 millions.

Pour le président du patronat, Pierre Gattaz, la France est en passe de devenir "l'homme malade de l'Europe".

Une mauvaise nouvelle est encore tombée lundi avec les chiffres du déficit public. Alors que l'objectif était de le ramener à 4,1% du produit intérieur brut (PIB) en 2013 (contre 4,9% en 2012), il a encore atteint 4,3%. Le gouvernement s'est engagé auprès de Bruxelles à faire passer le déficit public sous 3% du PIB en 2015.

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