Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Chine: Wukan, le village rebelle, à nouveau aux urnes dans une ambiance plombée

Sous des trombes d'eau, les habitants de Wukan ont voté lundi pour élire leurs délégués municipaux, mais le coeur n'y est plus à l'heure de la reprise en main par le Parti communiste chinois (PCC) de ce village rebelle qui avait arraché trois ans plus tôt les premières élections démocratiques de l'histoire du régime.

Les 13.000 habitants de Wukan, dans la province du Guangdong (sud), s'étaient soulevés fin 2011 pour chasser les caciques locaux du PCC qu'ils accusaient de s'enrichir à leurs dépends en saisissant leurs terres --un thème commun au reste du pays, à l'origine de multiples incidents.

Contre toute attente, le parti unique avait accepté la tenue d'un scrutin libre --remporté par les leaders du mouvement-- pour le choix d'un nouveau "comité de village" de sept membres, suscitant un vif intérêt national et international et des espoirs sur l'avenir des réformes politiques en Chine.

Mais à l'heure du renouvellement de leur mandat, les récentes arrestations des meneurs, le peu de succès rencontré dans les récupérations des terres revendiquées --et des pluies torrentielles-- ont plombé l'exercice.

Dans l'unique bureau de vote installé dans une école, l'ambiance est plutôt silencieuse, voire lugubre, sous la surveillance de dizaines de fonctionnaires envoyés de la ville de Lufeng, dont dépend administrativement Wukan, côtoyant des policiers, certains en armes.

"On est là parce que c'est le gouvernement qui organise", dira un fonctionnaire à l'AFP.

Treize jours avant le scrutin, les procureurs de Lufeng ont fait arrêter l'un des meneurs, Hong Ruichao, sous l'accusation d'avoir touché des pots-de-vin liés à "des projets immobiliers". Une semaine avant, c'était un autre élu du comité de village, Yang Simao, l'un des leaders les plus connus du mouvement, qui était mis sous les verrous sous des accusations semblables.

Un autre des meneurs, Zhuang Liehong, a fui en janvier aux Etats-Unis une arrestation qu'il jugeait certaine et demandé l'asile politique.

"Il est évident que les autorités veulent reprendre en main la situation", a-t-il déclaré mercredi, joint au téléphone par l'AFP, tandis que des informations faisaient état d'une réinstallation dans ses fonctions d'un responsable du PCC chassé en 2011.

"Vous voyez tous ces gens que le gouvernement a envoyés ? Ils veulent nous mettre la pression", déclare un homme d'âge moyen, qui ne donne que son nom de famille, Sun.

"Je ne sens pas cette élection aussi ouverte que celle d'avant", confie Zong, la quarantaine, qui tient un restaurant de nouilles, après avoir déposé son bulletin.

En 2011, les habitants eux-mêmes avaient supervisé le vote à bulletin secret et les candidats, contrairement à la "tradition", n'avaient pas reçu l'aval du PCC.

"Je ne peux pas parler à la presse. Ce n'est pas comme avant", dira un autre, à l'instar de la plupart des électeurs, en sortant du bureau de vote.

Vers 15H00 (07H00 GMT), un fonctionnaire annonce que 8.000 des 9.000 inscrits ont voté, suscitant une certaine confusion dans la presse présente sur les lieux, qui estimait jusque-là à environ un millier les électeurs qui s'étaient déplacés.

La différence s'expliquerait, selon des habitants, par le fait que des électeurs voteraient avec plusieurs procurations.

"Je ne sais pas pour qui j'ai voté, c'est mon mari qui a voté pour moi", a ainsi déclaré à l'AFP une dame d'âge moyen.

"Les chefs du soulèvement vont probablement être éliminés, parce qu'ils sont en prison ou sous enquête", a prédit Xiong Wie, un chercheur sur les mouvements de protestations ruraux, basé à Pékin, selon qui les autorités ont cherché à les "discréditer".

Pour les habitants, les terres saisies et revendues, "illégalement" à leurs yeux, représentent 430 hectares. Le précédent comité de village n'est parvenu à en récupérer que 10%, selon ses dires.

Les saisies de terres pour des projets immobiliers sont à l'origine de la grande majorité des milliers d'incidents annuels entre la population et les autorités.

"Après toutes ces années, on a toujours pas récupéré nos terres", déclare avec amertume un homme aux cheveux blancs qui, comme la plupart, préfère taire son nom.

"Le bureau local du parti communiste est plus puissant que le comité de village", déplore-t-il. "Si un officiel veut faire arrêter un agriculteur, il peut le faire", ajoute-t-il.

tjh-fms/slb-ple/seb/fw

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.