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Un tueur en série français dans le box des accusés 28 ans après

Un tueur en série français, Francis Heaulme, se retrouve lundi à Metz (est) dans le box des accusés près de 28 ans après le meurtre de deux enfants, dont les familles espèrent enfin la vérité.

"C'est le procès de la dernière chance", estime Gabrielle Beining, 70 ans, alors qu'il s'agit du quatrième procès d'assises pour le meurtre de ces enfants.

Le 28 septembre 1986, son fils Cyril, 8 ans, était sauvagement assassiné à coups de pierres sur un talus bordant une voie de chemin de fer à Montigny-lès-Metz, avec un copain du même âge, Alexandre Beckrich.

"C'est mon Cyril qui me fait tenir, qui me donne toutes ces forces, pour que je me batte, pour que je sache la vérité", ajoute Mme Beining, constamment au bord des larmes.

Les parents d'Alexandre Beckrich "appréhendent ce procès qui va raviver des blessures", confie leur avocat, Me Thierry Moser. Mais eux aussi "ont l'espoir d'arriver enfin à la vérité".

Jusqu'à présent, la vérité dans ce dossier n'a cessé de se dérober, ajoutant au deuil des familles un cauchemar judiciaire.

En 1987, les enquêteurs cherchant un coupable à tout prix croient l'avoir trouvé quand ils arrachent des aveux à Patrick Dils, un adolescent de 16 ans fragile et introverti.

Patrick Dils sera condamné deux fois pour ce double meurtre, à la perpétuité en 1989, puis à 25 ans de réclusion en 2001, avant d'être définitivement acquitté en 2002, au bout de 15 ans de prison.

Ce sont les proches de Patrick Dils, persuadés de son innocence, qui ont les premiers soulevé la piste Heaulme dès la fin des années 1990, après que sa présence sur les lieux du crime eut été attestée.

Entendu comme témoin aux deux derniers procès de Patrick Dils, Francis Heaulme, déjà condamné pour 9 meurtres, avait été mis en examen en 2006 dans cette affaire, mais avait bénéficié d'un non-lieu l'année suivante, faute de charges estimées suffisantes.

Francis Heaulme a finalement été renvoyé devant les assises de la Moselle (est), du fait de la ténacité de Mme Beining, seule à avoir fait appel de ce non-lieu, et après une nouvelle instruction retenant de nouveaux éléments à charge contre lui.

Le "routard du crime" a lui-même reconnu avoir aperçu les deux enfants vivants, puis morts, et a décrit les lieux avec précision. Et deux témoins affirment l'avoir vu, le visage ensanglanté, peu de temps après le meurtre, à quelques kilomètres de l'endroit où les deux petits garçons ont eu le crâne fracassé.

Enfin, les enquêteurs ont conclu que l'affaire de Montigny-lès-Metz portait la "quasi-signature criminelle" de Francis Heaulme, après avoir relevé de nombreuses similitudes avec certains de ses meurtres.

Toutefois de nombreuses pièces à conviction, dont certaines auraient pu permettre des vérifications ADN, ont aujourd'hui disparu.

"C'est une grande défaillance" de la justice, regrette Me Boh-Petit, l'avocate de Mme Beining, qui a tenté en vain de faire condamner l'Etat pour faute lourde dans cette affaire.

Les scellés ont été détruits légalement quelques années après la première condamnation de Patrick Dils car "à l'époque il n'y avait pas de cour d'assises d'appel, Patrick Dils était un condamné définitif", rappelle Me Moser, concédant que ce soit aujourd'hui un "handicap".

Les auditions des quelque 80 témoins convoqués au procès seront donc cruciales, tout comme les déclarations de l'accusé.

Or Francis Heaulme nie être l'auteur des faits. "Ils veulent un coupable idéal" a-t-il dénoncé lors d'un récent examen psychiatrique en prison. Pour lui, le coupable s'appelle Henri Leclaire, un homme qui s'était accusé du double meurtre en 1986. Mais les enquêtes l'ont systématiquement mis hors de cause et il a été appelé en tant que témoin au procès, comme Patrick Dils.

L'avocat de Francis Heaulme, Me Pierre Gonzalez de Gaspard, se dit lui aussi convaincu qu'un "autre" a tué les deux enfants et va tenter d'obtenir l'acquittement de son client.

Le verdict est attendu le 23 avril.

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