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Turquie: le parti d'Erdogan largement en tête aux élections municipales

Le parti du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a pris très nettement la tête des élections municipales dimanche en Turquie, cruciales pour son avenir, malgré les vives critiques sur sa dérive autoritaire et de graves accusations de corruption.

Selon les premiers résultats partiels publiés par les chaînes d'information après dépouillement de 18% des bulletins, le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, recueillerait près de 48% des suffrages au niveau national, largement devant l'opposition.

Le parti au pouvoir serait également en tête dans les deux plus grandes villes du pays, Istanbul et Ankara, qu'il tient déjà, selon CNN-Türk et NTV.

L'AKP, qui a remporté tous les scrutins depuis son arrivée au pouvoir en 2002, avait obtenu 38,8% des suffrages lors des précédentes élections locales de 2009, et presque 50% lors de son triomphe aux législatives de 2011.

S'il se confirme, ce vote de confiance constituerait une très large victoire pour le Premier ministre, défié dans la rue, contesté par ses opposants et éclaboussé depuis des mois par un scandale de corruption sans précédent.

Sûr du soutien d'une majorité de Turcs, M. Erdogan a exprimé sa confiance avant même les premiers résultats, en glissant dimanche son bulletin dans l'urne à Istanbul.

"En dépit de toutes les déclarations et de tous les discours prononcés jusque-là pendant la campagne, notre peuple dira la vérité aujourd'hui", a-t-il déclaré, "ce que dit le peuple est ce qui est, et sa décision doit être respectée".

L'ampleur de la victoire qui se dessine devrait déterminer la stratégie à venir de M. Erdogan, dont le troisième et dernier mandat de Premier ministre s'achève en 2015.

Selon les analystes, ce score pourrait le décider à briguer en août la présidence de la République, disputée pour la première fois au suffrage universel direct. Un score plus serré l'aurait incliné à prolonger son mandat à la tête du gouvernement lors des législatives de 2015, au prix d'une modification des statuts de l'AKP.

Après douze ans de règne, M. Erdogan, 60 ans, reste le personnage le plus charismatique du pays mais est aussi devenu le plus controversé: acclamé par ceux qui voient en lui l'artisan du décollage économique du pays, mais peint par les autres en "dictateur" islamiste.

Encore au faîte de sa puissance il y a un an, le "grand homme", comme l'appellent ses partisans, le "sultan", comme le moquent parfois ses rivaux, a subi une première alerte en juin 2013, lorsque des millions de Turcs ont exigé sa démission dans la rue.

Et depuis plus de trois mois, il est à nouveau sérieusement mis à mal par de graves accusations de corruption qui éclaboussent tout son entourage.

M. Erdogan a contre-attaqué en durcissant son discours pour mobiliser son camp. Et il a déclaré la guerre à ses ex-alliés de la confrérie de l'imam Fethullah Gülen, des "traîtres" soupçonnés d'avoir formé un "Etat parallèle" et de distiller sur internet des écoutes téléphoniques pour nuire à son régime.

Malmené par ces révélations, le gouvernement a répondu par des purges et des mesures autoritaires, notamment le blocage de Twitter et de YouTube qui lui a valu une avalanche de critiques, en Turquie comme à l'étranger.

"Notre démocratie doit être renforcée et nettoyée", a répété en votant Kemal Kiliçdaroglu, le président du Parti républicain du peuple (CHP), le principal mouvement d'opposition. "Nous allons construire une démocratie apaisée", a-t-il promis.

Dans ce climat hypertendu par l'enjeu, les 52,7 millions d'électeurs turcs ont très largement voté mais restent très divisés.

"Nous sommes ici pour montrer par nos suffrages qu'Erdogan peut résister à toutes les attaques", a assuré une électrice d'Istanbul, Nurcan Caliskan. "Je ne pense pas qu'il ait croqué de l'argent sale. Et même s'il l'a fait, je suis sûre que c'était pour le bien du pays".

"Erdogan a démontré qu'il était (...) prêt à tout pour rester au pouvoir", s'est indigné en écho Arif Dokumaci, un étudiant de 22 ans, "aujourd'hui nous avons une chance de dire adieu à l'autocratie, mais c'est peut-être la dernière".

De l'avis des analystes, le scrutin de dimanche ne devrait toutefois pas signer la fin de la crise politique. "La légitimité d'Erdogan restera posée après les élections, quels qu'en soient les résultats", estimait le journaliste réputé Hasan Cemal.

Loin des enjeux nationaux, les rivalités locales qui marquent régulièrement les élections en Turquie ont fait dimanche au moins 8 morts et une vingtaine de blessés.

bur-pa/plh

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