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Turquie: l'avenir d'Erdogan en jeu à l'occasion des élections municipales

Les Turcs se sont pressés dans les bureaux de vote dimanche pour un scrutin municipal déterminant pour l'avenir du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, dénoncé pour sa dérive autoritaire et éclaboussé par de graves accusations de corruption.

Au terme d'une campagne électorale âpre, rythmée par les scandales, la polémique et de violentes manifestations, ce scrutin local a pris la valeur d'un référendum pour l'homme qui règne depuis douze ans sans partage sur la Turquie.

A 60 ans, M. Erdogan en reste le personnage le plus charismatique mais est aussi devenu le plus controversé: acclamé par ceux qui voient en lui l'artisan du décollage économique du pays mais peint par les autres en "dictateur" islamiste.

En plus d'éprouver sa popularité, les résultats de dimanche doivent déterminer la stratégie du Premier ministre, dont le troisième et dernier mandat s'achève en 2015.

Dans ce climat tendu, les plus de 52 millions d'électeurs turcs inscrits ont fait le siège des urnes dès les premières heures de la journée, divisés comme jamais.

"Nous sommes ici pour montrer par nos suffrages qu'Erdogan peut résister à toutes les attaques", a assuré Nurcan Caliskan. "Je ne pense pas qu'il ait croqué de l'argent sale. Et même s'il l'avait fait, je suis sûre que c'était pour le bien du pays", a poursuivi cette mère de famille de 38 ans en votant dans le district de Sisli à Istanbul.

"Tout suffrage contre Erdogan et son parti est un suffrage pour une meilleure Turquie", a répondu en écho Gonca Gurses, qui a voté dans le même quartier. "Il fait du mal à la démocratie comme à la liberté d'expression", a ajouté la directrice financière de 28 ans, "s'il prenait vraiment soin des Turcs, il aurait démissionné depuis longtemps".

Le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, qui a remporté toutes les élections depuis 2002, devrait remporter le scrutin au niveau national, mais en-dessous des 50% des suffrages obtenus aux législatives de 2011.

L'ampleur du score de l'AKP et le sort des deux plus grandes villes du pays qu'il dirige, Istanbul et Ankara, devrait déterminer la stratégie à venir de M. Erdogan, dont le troisième et dernier mandat de Premier ministre s'achève en 2015.

Encore au faîte de sa puissance il y a un an, le "grand homme", comme l'appellent ses partisans, le "sultan", comme le raillent ses rivaux, a connu un premier coup de semonce en juin 2013, lorsque des millions de Turcs ont exigé sa démission dans la rue.

Depuis plus de trois mois, il est à nouveau sérieusement mis à mal par de graves accusations de corruption qui éclaboussent tout son entourage.

M. Erdogan a contre-attaqué en durcissant son discours pour mobiliser son camp. Et il a déclaré la guerre à ses ex-alliés de la confrérie de l'imam Fethullah Gülen, des "traîtres" soupçonnés d'avoir formé un "Etat parallèle" et de distiller sur internet des écoutes téléphoniques pour nuire à son régime.

Cette lutte fratricide a culminé jeudi avec la diffusion sur les réseaux sociaux du compte-rendu d'une réunion où le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu et le chef des services de renseignements (MIT) Hakan Fidan évoquent une entrée en guerre de la Turquie contre la Syrie, avec des arrières-pensées électorales embarrassantes.

Malmenés par ces révélations en cascade, le gouvernement a répondu par des purges et des mesures autoritaires, notamment le blocage des réseaux sociaux Twitter et YouTube qui lui a valu une avalanche de critiques, notamment de l'étranger.

Sûr du soutien d'une majorité de Turcs, notamment dans ses bastions du coeur de l'Anatolie pieuse et modeste, M. Erdogan est déterminé à se maintenir au pouvoir.

Une large victoire dimanche peut le décider à briguer en août la présidence de la République, disputée pour la première fois au suffrage universel direct. Un score plus serré l'inclinerait plutôt à prolonger son mandat à la tête du gouvernement lors des législatives de 2015, au prix d'une modification des statuts de l'AKP.

De l'avis des analystes, ce scrutin municipal ne devrait pas permettre d'apaiser les tensions qui agitent le pays depuis des mois.

"La lutte de pouvoir qui se joue est historique et il serait étonnant qu'elle cesse tranquillement après les élections", a anticipé l'économiste Inan Demir, de la Finansbank, "au contraire la tension devrait encore croître d'ici à la présidentielle d'août".

bur-pa/pt

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