Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Turquie: Erdogan malmené mais confiant dans l'issue des élections municipales

Les Turcs ont voté en masse dimanche lors d'un scrutin municipal crucial pour l'avenir du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui espère bien balayer dans les urnes la contestation qui le menace et les accusations de corruption qui l'éclaboussent.

Au terme d'une campagne électorale âpre, rythmée par les scandales, la polémique et de violentes manifestations, cette élection locale a pris la valeur d'un référendum pour l'homme qui règne depuis douze ans sans partage sur la Turquie.

A 60 ans, M. Erdogan en reste le personnage le plus charismatique mais est aussi devenu le plus controversé: acclamé par ceux qui voient en lui l'artisan du décollage économique du pays mais peint par les autres en "dictateur" islamiste.

Persuadé du soutien d'une majorité du pays, le chef du gouvernement a exprimé tout son optimisme en déposant son bulletin dans l'urne à Istanbul.

"En dépit de toutes les déclarations et de tous les discours prononcés jusque-là pendant la campagne, notre peuple dira la vérité aujourd'hui", a-t-il déclaré, "ce que dit le peuple est ce qui est, et sa décision doit être respectée".

Le chef du principal parti d'opposition a lui aussi fait part de sa "confiance" à quelques heures des résultats. "Notre démocratie doit être renforcée et nettoyée", a lancé à Ankara Kemal Kiliçdaroglu, le président du Parti républicain du peuple (CHP), "nous allons construire une démocratie apaisée".

Le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, qui a remporté toutes les élections depuis 2002, devrait encore l'emporter dimanche, mais avec moins de suffrages que les 50% recueillis lors des législatives de 2011.

L'ampleur du score de l'AKP et le sort des deux plus grandes villes du pays qu'il dirige, Istanbul et Ankara, devrait déterminer la stratégie à venir de M. Erdogan, dont le troisième et dernier mandat de Premier ministre s'achève en 2015.

Dans un climat hypertendu par l'enjeu, les 52,7 millions d'électeurs turcs inscrits ont fait le siège des urnes dès dimanche matin, mobilisés mais divisés.

"Nous sommes ici pour montrer par nos suffrages qu'Erdogan peut résister à toutes les attaques", a assuré une électrice d'Istanbul, Nurcan Caliskan. "Je ne pense pas qu'il ait croqué de l'argent sale. Et même s'il l'a fait, je suis sûre que c'était pour le bien du pays".

"Erdogan a démontré qu'il était (...) prêt à tout pour rester au pouvoir. Il a remis en cause tous les progrès accomplis par notre pays", s'est indigné Arif Dokumaci, un étudiant de 22 ans, "aujourd'hui nous avons une chance de dire adieu à l'autocratie, mais c'est peut-être la dernière".

Encore au faîte de sa puissance il y a un an, le "grand homme", comme l'appellent ses partisans, le "sultan", comme le raillent ses rivaux, a connu un premier coup de semonce en juin 2013, lorsque des millions de Turcs ont exigé sa démission dans la rue.

Depuis plus de trois mois, il est à nouveau sérieusement mis à mal par de graves accusations de corruption qui éclaboussent tout son entourage.

M. Erdogan a contre-attaqué en durcissant son discours pour mobiliser son camp. Et il a déclaré la guerre à ses ex-alliés de la confrérie de l'imam Fethullah Gülen, des "traîtres" soupçonnés d'avoir formé un "Etat parallèle" et de distiller sur internet des écoutes téléphoniques pour nuire à son régime.

Cette lutte fratricide a culminé jeudi avec la diffusion sur les réseaux sociaux du compte-rendu d'une réunion où le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu et le chef des services de renseignements (MIT) Hakan Fidan évoquent une entrée en guerre de la Turquie contre la Syrie, sans cacher leurs arrières-pensées électorales.

Malmenés par ces révélations, le gouvernement a répondu par des purges et des mesures autoritaires, notamment le blocage de Twitter et YouTube qui lui a valu une avalanche de critiques, notamment de l'étranger.

Dimanche, deux militantes féministes des Femen ont manifesté contre ces restrictions aux réseaux sociaux en exhibant dans un bureau de vote stambouliote leur torse nu barré du slogan "interdisons Erdogan", avant d'être interpellées.

De l'avis des analystes, le scrutin de dimanche ne devrait pas signifier la fin de la crise politique ouverte en Turquie. "La légitimité d'Erdogan restera posée après les élections, quels qu'en soient les résultats", estimait le journaliste réputé Hasan Cemal.

Loin des enjeux nationaux, les rivalités locales qui émaillent traditionnellement les élections en Turquie ont fait au moins 8 morts et une vingtaine de blessés dans deux villages du sud-est et du sud du pays.

bur-pa/ml

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.