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Robert Ménard, incarnation de la dédiabolisation de l'extrême droite française

Robert Ménard, qui a remporté dimanche grâce aux voix de l'extrême droite la mairie de Béziers, dans le sud de la France, après avoir longtemps milité pour la liberté de la presse, incarne en France la stratégie de dédiabolisation adoptée par le Front national.

"Vous pensez que tous ces électeurs sont des fachos, sûrement pas !", avait lancé il y a près d'un an, à la surprise générale, l'ancien fondateur de Reporters sans frontières (RSF), en annonçant qu'il se présenterait aux élections municipales à Béziers avec le soutien du FN.

C'est "une victoire sans vaincu car c'est une victoire républicaine", a déclaré dimanche soir le futur maire.

Dans la semaine, il avait indiqué à l'AFP que "seuls" 6 de ses colistiers sur 49 appartenaient au FN. La présidente du FN, Marine Le Pen, "ne me dicte pas ce que j'ai à dire", avait-il ajouté, se félicitant de l'appui de "citoyens comme les autres qui se sentaient exclus".

Robert Ménard est le produit de la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen, dont le parti veut allier désormais normalité et démocratie afin de capter un électorat qui n'est pas spontanément acquis à l'idée de la "priorité nationale", fer de lance idéologique du FN.

Inclassable, incontrôlable, capable hier de tenir tête aux dictateurs, éloigné du sérail politique, Robert Ménard, 60 ans, avait dynamité les scores dès le premier tour avec près de 45% des voix, loin devant ses rivaux de droite UMP (30,3%) et socialiste (18,6%).

Adepte des opérations coup de poing, médiatiques mais toujours pacifiques, il s'est imposé comme un recours dans une ville qui enregistre le troisième plus fort taux de pauvreté parmi les 100 plus grandes villes de France.

Parmi ceux qui souffrent du chômage (16%) ou doivent vivre avec moins de mille euros par mois (33%) dans la ville natale du résistant Jean Moulin, dirigée pendant 19 ans par la droite, beaucoup ont plébiscité son tempérament fougueux, longtemps au service de la liberté d'expression dans le monde, pour dire leur propre ras-le-bol.

L'origine "pied-noir" de cet homme, né le 6 juillet 1953 à Oran, en Algérie alors française, a également parlé à cette cité de quelque 70.000 habitants, où une communauté de Français rapatriés d'Algérie après l'indépendance en 1962 côtoie une immigration ancienne de Maghrébins, venus travailler pendant la période de croissance d'après-guerre, et une population d'origine étrangère plus récente.

Arrivé en France à l'âge de 9 ans, Robert Ménard a étudié dans un collège religieux et voulait devenir prêtre. Il a ensuite étudié la philosophie, avant de devenir anarchiste puis trotskiste.

Dès le milieu des années 1970, il s'engage dans les radios libres, à une époque où l'Etat détenait encore un monopole sur l'audiovisuel.

S'avouant autoritaire, ce partisan d'une conception radicale de la liberté de la presse agace parfois ses partisans, quand il affirme par exemple qu'il descendrait "dans la rue pour défendre la presse FN".

En 1985, il fonde RSF, aujourd'hui présente sur les cinq continents, sur le modèle de Médecins sans Frontières (MSF), afin de dénoncer les atteintes à la liberté de la presse et venir en aide aux journalistes emprisonnés. Il provoque en 2008 l'ire de Pékin en perturbant le parcours de la flamme olympique.

L'ancien patron de RSF avait depuis continué à cultiver l'ambiguïté sur ses attachements politiques.

"Non à Ménard, non au FN", répétaient les candidats comme les militants d'associations anti-racistes présents cette semaine à Béziers.

Mais lui était demeuré imperturbable. "Je ne suis pas un élu du Front national", avait-il dit. "Je serai, si je suis élu, un élu des Biterrois (habitants de Béziers), ce n'est pas tout à fait la même chose".

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