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Réfugiés au Cameroun, des Nigérians se disent "abandonnés" par leur propre pays

"La seule solution c'était de partir"... Comme Alima, des dizaines de Nigérians qui ont fui les combats entre l'armée nigériane et les insurgés islamistes de Boko Haram pour se réfugier au Cameroun, se disent abandonnés par leur propre pays.

Dans la cour du camp de Minawao (extrême nord Cameroun, frontalier du Nigeria), assise à même le sol, Alima, 31 ans, tamise la farine de maïs pour le repas du soir.

"Ici, il n'y a pas de Kudi (argent en langue Kanuri), mais ça va par rapport au Nigeria", explique la jeune femme, qui a fui il y a dix jours sa ville natale, Bama, où l'armée mène des assauts répétés contre la secte islamiste Boko Haram.

"Ce sont les armes de l'armée qui m'ont fait fuir. La situation était mauvaise...", raconte-t-elle.

L'armée nigériane, aux prises avec une violente insurrection dans le nord-est du pays, a lancé en mai 2013 une contre-offensive de grande envergure contre les islamistes.

Mais la stratégie de répression sanglante adoptée par le pouvoir a suscité beaucoup d'interrogations, alors que le conflit a déjà fait des milliers de morts depuis 2009 et se poursuit de plus belle.

D'après les autorités régionales camerounaises, pas moins de 30.000 Nigérians sont arrivés depuis un an dans l'extrême-nord du Cameroun.

Au camps de Minawao, situé dans une zone montagneuse à une soixantaine de kms de Maroua, la capitale régionale, les nouveaux arrivés ont encore afflué ces dernières semaines, selon le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR).

Le site accueille actuellement environ 2.500 personnes, chrétiens et musulmans confondus. Mais selon le HCR, des milliers de personnes vivent aujourd'hui dans des familles d'accueil camerounaises, ou éparpillées dans la nature.

A l'intérieur du camp, des jeunes gens rassemblent des mottes de terre pour construire des cases en dur, afin de ne pas rester indéfiniment sous des abris de fortune.

Mohamed Oumarou, couturier, raccommode à l'aide d'une machine à coudre une bâche qu'il utilisera pour recouvrir son nouveau logis. "L'armée (nigériane) a brûlé et pillé nos maisons. Le conflit entre les soldats et les Boko Haram fait rage dans le pays", rapporte-t-il.

"Je suis perplexe. Je ne peux pas vous dire si je retournerai ou pas dans mon pays", explique-t-il avec amertume.

Autour de lui, beaucoup dénoncent l'indifférence des autorités d'Abuja quant au sort des populations civiles, victimes collatérales des combats.

"La nourriture n'est pas suffisante: elle finit 10 jours avant la prochaine distribution. Il n'y a ni riz ni sucre et beaucoup d'enfants ne vont pas à l'école le matin parce qu'ils n'ont pas bu de bouillie", résume Bolama ("chef") Mohamed, un responsable musulman du camp. "Notre gouvernement nous a abandonnés", s'indigne-t-il.

"Ils reçoivent suffisamment de vivres pour vivre normalement", tempère toutefois Jean-Marie Awono, responsable du HCR à Maroua. Le camp dispose d'une école de 11 bâtiments, un local de santé, deux points d'eau et une distribution mensuelle de nourriture y est organisée.

"Certains enfants ne vont pas à l'école parce que chez eux, on considère que l'école est +haram+ (interdite)", souligne-t-il. En langue haoussa, le nom "Boko Haram" signifie d'ailleurs "L'éducation occidentale est un péché".

"Nous sommes dans une situation difficile, mais notre gouvernement reste insensible", insiste Ali Shouek, président de la communauté des réfugiés du camp.

"Une délégation de l'ambassade (du Nigeria) est arrivée ici une fois, mais nous n'avons plus de nouvelle depuis lors", explique-t-il.

"Comme notre président et nos autorités ne nous reconnaissent plus et ne nous valorisent plus, nous souhaitons obtenir la nationalité camerounaise", conclut-il, résumant un sentiment partagé par ses voisins d'infortune, qui se disent prêts à tout recommencer ici, au Cameroun.

rek/cl/jmc

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