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Présidentielle slovaque: triomphe d'Andrej Kiska, revers du PM Robert Fico

Andrej Kiska, un millionnaire philanthrope et nouveau venu sur la scène politique slovaque, a remporté samedi haut la main l'élection présidentielle face au Premier ministre social-démocrate Robert Fico, un revers qui met en question la solidité de son cabinet.

"Cette élection présidentielle faisait figure de référendum sur Fico et son gouvernement. Il l'a nettement perdu", constate l'analyste Grigorij Meseznikov, interrogé par l'AFP.

Selon lui, les électeurs ont exprimé leur "désillusion" vis-à-vis du gouvernement, composé exclusivement de membres de Smer-SD et fort d'un soutien de 83 de l'ensemble des 150 élus du Parlement monocaméral.

Centriste et euro-enthousiaste âgé de 51 ans, M. Kiska a obtenu 59,38% des voix, selon les résultats officiels communiqués dimanche matin par la Commission électorale. Le taux de participation s'est chiffré à 50,46%.

M. Fico, 46 ans, chef du gouvernement en 2006-2010 et depuis 2012, n'a été crédité que de 40,61% des suffrages. Ce chiffre représente une débâcle pour le chef du parti Smer-SD, grand vainqueur des législatives il y a deux ans.

La victoire à la présidentielle aurait donné à M. Fico et son parti le contrôle complet du pouvoir législatif et exécutif, à deux ans des prochaines élections législatives.

"Bonjour Slovaquie, bonne nuit Robert Fico", titrait dimanche la version en ligne du grand quotidien Sme, traditionnellement critique à l'égard du chef de gouvernement, à qui une étiquette de populiste et de démagogue est parfois attribuée par ses détracteurs.

L'élection de M. Kiska à la magistrature suprême, poste plutôt honorifique en Slovaquie, marche dans le sillage d'autres pays d'Europe où une "politique traditionnelle des grands partis se heurte de plus en plus à des figures et à des mouvements antipolitiques", note Sme.

Selon le commentateur Dag Danis, le nouveau président est un "homme sans opinions politiques et sans capacité de leadership", mais il est un "joker idéal pour tous ceux qui détestent la politique traditionnelle donc aussi (celle de) Fico".

Le résultat du scrutin est en contradiction flagrante avec les attentes des analystes à Bratislava qui s'attendaient à un duel serré.

M. Fico, n'a jusqu'à présent rien révélé de ses intentions. "Je vais maintenant m'offrir quelque jours, pour faire une analyse de la situation", a-t-il brièvement affirmé après avoir félicité M. Kiska pour l'élection à la présidence.

"Même en cas de défaite, Robert Fico continuera à occuper son poste de Premier ministre. Le gouvernement et le Parlement continueront leur travail", a martelé samedi soir le chef du Parlement, Pavol Paska, membre de Smer-SD.

"Les politiciens autoritaires comme lui ne démissionnent jamais volontairement", fait remarquer M. Meseznikov.

Selon Sme, "tout porte à croire que Fico restera à son poste. Affaibli, ébranlé, mais bénéficiant toujours d'un soutien solide".

Pourtant, selon l'analyste Pavol Haulik, Robert Fico "pourrait envisager de se retirer sous le poids d'une grande pression sur lui".

La presse de Bratislava s'interroge sur la future action de M. Kiska, qui a séduit les électeurs par son image de bienfaiteur resté à l'abri des allégations de corruption ayant éclaboussé ces dernières années la classe politique.

Premier président sans passé communiste depuis l'indépendance de la Slovaquie en 1993, M. Kiska est "favorable à la démocratie, à l'économie de marché et à une orientation pro-occidentale de la politique étrangère", selon M. Meseznikov.

Cependant, "il n'est pas clair si le nouveau président est conservateur ou libéral, s'il est plutôt à droite ou à gauche, s'il apprécie plutôt la solidarité ou la responsabilité et l'initiative individuelles", avertit le quotidien économique Hospodarske Noviny.

"Peut-être lui-même n'a pas non plus une opinion claire", ajoute ce journal, avec un brin d'ironie.

Le nouveau chef de l'État prêtera serment le 15 juin, à l'expiration du second mandat de l'actuel président de gauche, Ivan Gasparovic.

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