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Opération charme de la GRC auprès des musulmans

La GRC envoie régulièrement ses agents dans les mosquées et les écoles musulmanes du pays; non pas pour espionner les fidèles, effectuer des descentes ou des arrestations, mais plutôt pour tisser des liens amicaux avec une communauté qui pourrait aider à prévenir un prochain attentat terroriste.

Un texte de Christian Noël

« Allah Ahkbar » : la prière du vendredi retentit dans un centre communautaire de Toronto, convertie en mosquée. Certains fidèles sont cependant distraits par une vision inhabituelle. Un agent de la GRC, tout sourire, vient de faire son entrée. Le sergent Dereck McDonald visite des dizaines de mosquées par année.

Après la prière, il distribue des poignées de mains et des cartes professionnelles. Il discute, de façon décontractée, avec les fidèles. Il essaie même quelques mots en arabe. Son « Salaam Aleikum » a besoin de plus de pratique, lui dit-on gentiment. Le sergent sourit : « C'est quand même pas mal pour un blanc anglophone, non? »

Humour, sourire, contact personnel : voilà la nouvelle puissance douce de la GRC pour lutter contre le terrorisme. « Nous avons besoin de leurs yeux et de leurs oreilles », dit le sergent McDonald. La communauté musulmane a une responsabilité de déceler ce qui ne tourne pas rond, et d'avertir les autorités, avant que les complots ne prennent forme.

C'est d'ailleurs grâce à la vigilance d'un imam que l'attentat contre un train de Via Rail aurait été déjoué l'an dernier. « C'est plus qu'une opération de relations publiques. La menace est réelle », explique Doug Best, responsable des enquêtes sur la sécurité nationale à la GRC.

Selon Doug Best, « ces contacts dans la communauté peuvent devenir un outil essentiel dans le genre d'enquête que nous menons. Nous n'avons pas le droit à l'erreur. Si nous ratons une opportunité, les résultats peuvent être catastrophiques. »

La méfiance persiste

Dans un restaurant de Toronto, plusieurs convives sont rassemblés autour d'un narguilé. La fumée tournoie et s'évapore autour de leur tête. Mais les doutes persistent quant aux véritables motifs de la GRC. Certains musulmans craignent une « nouvelle forme de profilage racial ou des mesures injustes envers les musulmans. » Ils craignent d'être perçus comme des traites s'ils parlent aux policiers. D'autres y voient du bon « tant que la GRC garde à coeur les meilleurs intérêts de la communauté ».

Ce n'est donc pas une surprise si les forces de l'ordre ont décidé de se tourner vers les plus jeunes dans les écoles de confessions musulmanes. Les policiers donnent des ateliers aux élèves.

Les jeunes jouent aux enquêteurs, avec empreintes digitales et descentes policières incluses. « Sortez du véhicule! Les mains en l'air! » lance un élève de l'école Junior Academy lors d'un jeu de rôle avec les policiers.

Ici, les agents de la GRC ne parlent pas de terrorisme. Le but, c'est d'avoir du plaisir et d'inspirer confiance.

Des efforts qui semblent porter ses fruits. « Avant j'avais peur des agents, dit une jeune fille. Maintenant, je comprends leur utilité ». Un des garçons va même plus loin, dit son père. « Il veut maintenant devenir un policier ».

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