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Les talibans sèment la terreur pour ruiner l'élection afghane

Faute de pouvoir faire dérailler l'élection présidentielle afghane de samedi prochain, les rebelles talibans et leurs alliés multiplient les violences, allant jusqu'à exécuter des enfants, pour installer un climat de terreur et discréditer le scrutin.

Assis sous un auvent de toile orange fatiguée, l'épicier Ahmad Gul savoure encore la quiétude de son quartier de Mahala Najat, un faubourg de Kandahar, principale ville du sud afghan et ancienne capitale du régime des talibans (1996-2001).

Au petit matin de la dernière présidentielle, le 20 août 2009, c'est de là qu'un petit groupe de talibans avait tiré quatre roquettes vers la ville, effrayant la population.

Ce jour-là, "les gens étaient restés chez eux, par peur des attaques et parce qu'ils savaient que l'élection était jouée d'avance et que le président Karzaï serait réélu", explique Ahmad, 30 ans, barbe noire et longue chemise traditionnelle marron.

A la fin de la journée, le taux de participation à l'unique tour de l'élection ne dépassa pas 5% dans la province de Kandahar selon des sources locales, et 33% au niveau national selon l'ONU.

Cinq ans plus tard, grâce à une forte mobilisation de l'armée et de la police et un certain essoufflement de la rébellion, "la zone a été nettoyée, il n'y a plus de talibans en ville", assure Ahmad l'épicier.

Mais les insurgés peuvent toujours frapper à tout moment, et comme en 2009, la tension monte à l'approche du vote qui doit désigner le successeur de Hamid Karzaï, le seul à avoir dirigé le pays depuis la chute des talibans à la fin 2001, et renouveler les conseils provinciaux.

Après avoir d'abord appelé au boycott, les talibans ont durci le ton le 11 mars en annonçant qu'ils feraient tout, à commencer par attaquer militants et employés électoraux, pour ruiner cette élection, qu'ils considèrent comme le dernier "complot des envahisseurs occidentaux" pour garder la main sur le pays.

Depuis cette annonce, les violences se sont enchaînées, comme avant le scrutin de 2009.

A Kandahar, calme ces derniers mois, deux tentatives d'attentats suicide ont fait quelques blessés.

Mais c'est surtout la capitale Kaboul qui est depuis ensanglantée par des attaques retentissantes, dont deux contre la commission électorale (5 morts au total).

Et la suite ne s'annonce pas mieux. "Il a été décidé d'attaquer de plus en plus de cibles civiles" en plus des "bureaux de vote" dans tout le pays, a précisé un responsable taliban.

Ces nouvelles attaques visent également clairement les étrangers, comme il y a dix jours au Serena, un hôtel de luxe de Kaboul très fréquenté par la communauté internationale (9 morts dont quatre étrangers). Et d'autres sont prévues "contre les hôtels et restaurants fréquentés par des étrangers", ont déclaré ces derniers jours à l'AFP deux cadres talibans.

Faute d'alternative, après les échecs du dialogue de paix ces dernières années, "les talibans semblent glisser vers la radicalisation", avance Thomas Ruttig, spécialiste de la rébellion au Réseau des analystes sur l'Afghanistan (AAN) basé à Kaboul.

Quitte à aller plus loin dans l'horreur, comme au Serena, où les assaillants ont visé et abattu deux enfants afghans de 6 et 5 ans, selon les témoins.

La série d'attaques en cours interpelle toutefois certains observateurs internationaux. "Les talibans ont tendance à toutes les revendiquer pour des raisons politiques, mais peut-être d'autres acteurs ont-ils également intérêt à ce que l'élection n'ait pas lieu, se passe mal ou ne puisse être observée par la communauté internationale", souligne l'un d'eux sous couvert d'anonymat. Tous peuvent s'allier aux talibans le temps d'une opération. Après le drame du Serena, Kaboul a accusé le Pakistan, d'autres sources ont évoqué d'autres pays voisins...

En 2009, les violences n'avaient pas empêché l'élection de se tenir. Mais elles avaient contribué, avec des fraudes massives tout autant redoutées cette année, à la rendre chaotique, ternissant la réélection, et la légitimité, du président Karzaï.

Un cadre taliban fait toutefois état de divergences au sein de la nébuleuse rebelle: "Certains dissidents, plus favorables à des pourparlers de paix et qui ont noué des contacts avec le gouvernement actuel, veulent la victoire de Zalmai Rassoul car il est considéré comme le candidat du président Karzaï".

Mais "la commission militaire", la plus puissante et décisionnaire, "ne soutient aucun candidat", souligne-t-il. "Pour elle, la seule solution, c'est la guerre".

emd-bur/eg/pt

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