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Indonésie: la religion est plus visible mais les partis islamistes sont délaissés

Pour la première fois de sa vie, Nisa Ariyani ne votera pas pour un parti musulman début avril lors des élections parlementaires en Indonésie. Une perte de popularité paradoxale pour ces formations dans un pays où la religion semble de plus en plus présente.

"J'ai perdu confiance dans les partis islamistes et ne voterai pas", déclare Nisa Ariyani, 42 ans et professeur à Jakarta, qui a toujours porté le foulard, y compris à l'époque du dictateur Suharto, lorsque ce signe extérieur était peu fréquent.

Les raisons de son désamour? Un scandale mêlant sexe et pots de vin qui secoue le Parti de la prospérité et de la Justice, pour lequel la quadragénaire avait jusqu'à présent toujours voté.

Les cinq partis musulmans indonésiens devraient afficher leurs scores les plus bas lors des élections du 9 avril, préambules à la présidentielle de juillet, selon les experts.

Le déclin du soutien aux partis musulmans, qui vont des formations modérées aux plus extrêmes (certaines prônent l'instauration de la charia), peut paraitre paradoxal en Indonésie, pays à la plus large population musulmane au monde.

Depuis la chute en 1998 du régime autoritaire de Suharto, qui avait établi un Etat laïque et luttait contre une influence islamiste dans la vie publique, l'Islam et la religion sont de plus en plus visibles dans la vie quotidienne.

Un nombre croissant de femmes portent le foulard, des biens dotés du "sceau" islamiste --vêtements, application sur portable qui prévient des heures de la prière...-- remportent la faveur des consommateurs et des Indonésiens choisissent de vivre dans des communautés aux règles strictes pour fuir la vie moderne.

Les années après le renversement de Suharto ont été secouées par plusieurs actes de terrorisme menés par les groupes extrémistes, dont notamment les attentats de Bali en 2002 (202 morts). Les formations les plus dangereuses ont été affaiblies mais continuent de perpétrer des violences contre les forces de sécurité.

Mais les cinq principaux partis islamistes n'avaient remporté que 26% des votes lors des législatives de 2009, contre 34% dix ans plus tôt. Et cette année, leur score ne devrait pas dépasser 15%, selon Dodi Ambardi, directeur de l'Institut de sondage indonésien.

Aucune des cinq formations ne devrait remporter suffisamment de voix pour pouvoir présenter un candidat en juillet. Un parti ou une coalition doit remporter 20% au moins des sièges au parlement ou 25% des votes en avril, pour présenter un candidat à la présidentielle trois mois plus tard.

Les analystes soulignent que les électeurs, y compris les plus pieux, ne votent plus aveuglément en faveur d'un parti sous prétexte qu'il met en avant ses convictions religieuses.

"Lorsqu'ils choisissent une formation, les électeurs musulmans ne pensent plus à leur religion mais plutôt au bilan et aux actions menées par la formation", déclare à l'AFP Dodi Ambardi.

Et de ce côté-là, les partis religieux indonésiens ont échoué, selon les politologues. Ils n'ont pas su se transformer en organisations efficaces et ont longtemps tenu pour acquis les votes des Indonésiens les plus pieux, avance Noorhaidi Hasan, expert sur l'Islam et la vie politique à l'université Sunan Kalijaga Islamic de Yogyakarta (Java).

La multiplication de signes religieux dans la vie courante ne signifie pas que la population devient plus islamiste, mais plus simplement qu'elle peut librement exprimer sa foi et dispose des moyens financiers de le faire, ajoute-t-il.

L'Indonésie a connu plusieurs années de forte croissance et est aujourd'hui la première économie d'Asie du sud-est.

"La classe moyenne musulmane n'exprime pas sa religion pour l'amour de la religion, mais pour afficher son statut social et son style de vie", affirme le professeur.

Mais même si les partis religieux recueillent moins de voix, ils peuvent exercer une influence sur les principaux partis, ajoutent les experts.

Les gouvernements de coalition sont la norme en Indonésie. La coalition du président actuel, Susilo Bambang Yudhoyono, compte par exemple six partis, dont quatre sont islamistes.

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