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Des violences électorales font 8 morts en Turquie

Des affrontements ont fait huit morts dimanche dans l'est de la Turquie, en marge d'élections municipales qui sont un test pour le gouvernement islamo-conservateur du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, confronté depuis décembre à des accusations de corruption.

Six personnes ont été tuées dans une fusillade entre deux familles rivales du village de Yuvacik, dans la province orientale de Sanliurfa, proche de la Syrie.

Dans le village de Golbasi, situé dans la province de Hatay qui borde également la Syrie, une autre fusillade entre des partisans de clans rivaux a fait deux morts.

Erdogan joue son avenir

Devant les foules électrisées de ses partisans, Recep Tayyip Erdogan n'a eu de cesse de vilipender ces dernières semaines l'« alliance du mal » qui, selon lui, œuvre à le renverser et à détruire la Turquie.

Lorsqu'il s'adresse à ses propres partisans, le chef de file de l'opposition taxe de son côté le premier ministre de dérive autoritaire et lui promet le destin des dictateurs déchus : la prison ou l'exil.

Les élections municipales qui se déroulent dimanche en Turquie ont pris une importance inattendue depuis le scandale de corruption qui a ébranlé le gouvernement islamo-conservateur d'Erdogan en décembre, après une année placée sous le signe de la contestation dans les rues, cristallisée autour de la place Taksim d'Istanbul.

Les anathèmes que se jettent les deux camps dessinent deux visions de la société turque qui paraissent de moins en moins compatibles. Et, dans ce contexte exacerbé, les municipales font figure de juge de paix.

Un vote crucial

« Les élections du week-end sont capitales », reconnaît un responsable gouvernemental turc. « Les résultats à Ankara et Istanbul donneront de sérieuses indications sur l'avenir du gouvernement et sur les décisions concernant l'élection présidentielle et des législatives anticipées. »

Ancien maire d'Istanbul, Recep Tayyip Erdogan a bien compris les enjeux du scrutin. Il a multiplié les réunions à travers le pays pour soutenir les candidats du Parti de la justice et du développement (AKP) et lancer ses piques contre Fethullah Gülen, l'influent prédicateur exilé aux États-Unis qu'il voit derrière le « complot » ourdi contre son gouvernement.

« Si l'AKP perd Istanbul, [Erdogan] est en mauvaise posture », souligne Yavuz Baydar, éditorialiste du quotidien Today's Zaman, qui dit percevoir une défiance croissante dans les rangs du parti envers le premier ministre.

« S'il perd Istanbul, beaucoup de (membres de l'AKP) vont commencer à sortir la tête des tranchées », assure-t-il.

Certains n'ont d'ailleurs pas attendu, comme le président Abdullah Gül, qui n'a pas ménagé ses critiques après le blocage du réseau social Twitter, la semaine dernière, une décision de justice téléguidée par le premier ministre qu'il a jugée « inacceptable ».

En l'absence de sondages fiables, il est impossible de prédire l'issue du scrutin.

Si l'AKP réitère ou améliore son score de 40 % obtenu aux dernières municipales, en 2009, et conserve Istanbul et Ankara, il y a tout lieu de penser qu'Erdogan se sentira en position de force pour se porter candidat à la première présidentielle au suffrage universel direct du pays, en août prochain.

Le premier ministre en serait le grand favori, son parti ayant obtenu près de 50 % des voix aux législatives de 2011, mais l'hypothèse d'avoir à affronter une opposition unifiée au second tour et le risque de voir éclater d'ici-là de nouveaux scandales pourraient le faire réfléchir.

Des législatives l'an prochain

Si l'AKP sort des urnes un tant soit peu affaibli, Erdogan pourrait donc juger plus prudent de modifier les règles internes du parti pour pouvoir briguer un quatrième mandat à la tête du gouvernement lors des législatives de l'an prochain.

Après trois échecs dans les urnes, la principale formation d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), veut croire que les Turcs sanctionneront le pouvoir pour sa réaction brutale aux manifestations de l'été dernier, la purge de la justice et de la police ou le blocage de Twitter pour tenter d'étouffer les scandales.

Pour le chef du CHP, Kemal Kilicdaroglu, Erdogan est en train de faire replonger la Turquie dans la dictature.

« Il est prêt à dire ou faire n'importe quoi parce qu'il lutte pour sa survie, parce qu'il sait très bien ce qui va se passer s'il perd le pouvoir », a-t-il dit à Reuters pendant une réunion électorale. « Il sait qu'il ira en prison. Il devra très probablement fuir le pays. »

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