NOUVELLES
29/03/2014 08:01 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

Le millionnaire Andrej Kiska remporte la présidentielle en Slovaquie

Andrej Kiska, un millionnaire philanthrope et novice dans le monde de la politique, a nettement remporté le second tour de l'élection présidentielle en Slovaquie, grâce au refus des Slovaques de voir leur pays dirigé par un seul parti, le Smer-SD du Premier ministre Robert Fico, candidat vaincu.

"Je veux remercier les électeurs qui m'ont donné un mandat fort. Je vais remplir toutes les promesses que je leur ai faites", a déclaré M. Kiska, 51 ans, au cours d'un point de presse à Bratislava, à l'issue du scrutin.

"J'ai promis d'être président de tous les citoyens, je vais oeuvrer pour unir et motiver les gens, pour que nous puissions être fiers de notre pays, pour que les gens se sentent bien ici", a-t-il ajouté, dans une atmosphère frénétique.

Ancien magnat des crédits de consommation devenu philanthrope, M. Kiska est un centriste sans parti et euro-enthousiaste. Il a séduit les quelque 4 millions d'électeurs slovaques par son image de bienfaiteur resté à l'abri des allégations de corruption ayant éclaboussé ces dernières années la classe politique. Il est le premier président sans passé communiste depuis l'indépendance du pays en 1993.

M. Kiska a obtenu 59,4% des voix, alors que son adversaire en a réuni 40,6%, selon les chiffres communiqués par l'office des statistiques après le dépouillement de 99,85% des circonscriptions.

Les chiffres définitifs seront connus dans la nuit de samedi à dimanche.

"Je tiens à féliciter M. Kiska pour son élection à la présidence", a déclaré M. Fico plus tôt dans la soirée, au cours d'une brève intervention devant la presse.

"Je vais maintenant m'offrir quelque jours, pour faire une analyse de la situation", a-t-il ajouté, sans répondre aux questions des journalistes.

Selon la presse de Bratislava, cette présidentielle faisait figure de référendum sur le gouvernement de M. Fico, chef du gouvernement de 2006 à 2010 et depuis 2012, dans ce pays membre de l'UE et de la zone euro.

Son élection à la magistrature suprême aurait donné au Smer-SD un contrôle total de la présidence, du Parlement (83 sièges sur 150 depuis 2012) et du gouvernement.

"J'ai voté Kiska, pour empêcher Fico de gagner. Il est avide de pouvoir et je ne veux pas que mon pays soit géré par un seul parti", a confié à l'AFP Denisa Angyalova, 20 ans.

Selon l'analyste Dag Danis, le nouveau président est un "homme sans opinions politiques et sans capacité de leadership", mais il est un "joker idéal pour tous ceux qui détestent la politique traditionnelle donc aussi (celle de) Fico".

- Economie de marché et orientation pro-occidentale -

"Pour la première fois, le populiste Fico n'a pas su évaluer une nouvelle tendance et un changement de l'opinion publique qui ne s'oriente plus contre la gauche ou la droite, mais contre la politique en tant que telle", a indiqué M. Danis, dans les colonnes du quotidien pragois Dnes.

"J'aime bien Kiska, car il est un pragmatique. Je m'attends à ce qu'il utilise ses pouvoirs présidentiels pour aider à nettoyer la justice corrompue", a indiqué à l'AFP une retraité de Bratislava Magdalena Grznarova, âgée de 60 ans.

"Même en cas de défaite, Robert Fico continuera à occuper son poste de Premier ministre. Le gouvernement et le Parlement continueront leur travail", a indiqué le chef du Parlement, Pavol Paska, à l'antenne de la télévision TA3.

"Robert Fico ne démissionnera pas et tentera de conserver le poste de Premier ministre jusqu'à la fin de son mandat en 2016, en dépit d'une autorité ébranlée", a estimé à l'AFP l'analyste Grigorij Meseznikov.

"Les politiciens autoritaires comme lui ne démissionnent jamais volontairement", a-t-il souligné.

Selon M. Meseznikov, le nouveau chef de l'Etat est "certes moins expérimenté que M. Fico mais il est un homme politique favorable à la démocratie, à l'économie de marché et à une orientation pro-occidentale de la politique étrangère".

"Il n'y a pas de risques immédiats. Le seul risque, c'est que le Premier ministre Fico, une fois vaincu, cherche un conflit avec lui", estime M. Meseznikov.

Le nouveau chef de l'État, aux fonctions essentiellement honorifiques, prêtera serment le 15 juin, à l'expiration du second mandat de l'actuel président de gauche, Ivan Gasparovic.

tab-jma/sw/ob