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29/03/2014 06:48 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

Japon-UE: rendez-vous crucial de discussions commerciales avant la "clause couperet"

L'Union européenne et le Japon se retrouvent lundi à Tokyo pour un cinquième rendez-vous de négociations commerciales en un an, à un mois d'un sommet UE-Japon et d'une révision européenne sur la levée par le Japon des barrières non tarifaires.

Dès le départ, les Européens avaient prévenu que ces pourparlers devant permettre la signature d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne, pourraient être stoppés au bout d'un an si Tokyo n'a pas démontré sa volonté de supprimer les barrières non-tarifaires (NTB) qui ferment l'accès des Européens aux marchés japonais.

Début mai, Européens et Nippons feront en effet à Bruxelles un bilan du processus lancé au printemps 2013.

Pour l'UE, c'est une condition sine qua non pour un accord.

"Nous avons besoin d'améliorer les conditions d'accès au marché (japonais) en levant ces barrières non tarifaires, comme par exemple sur les normes de sécurité dans le secteur automobile. C'est là que cette clause de révision entre en jeu", affirmait récemment à l'AFP l'ambassadeur de l'UE à Tokyo, Hans-Dietmar Schweisgut.

Les deux partenaires, qui représentent ensemble plus du tiers de la production de richesse mondiale, ont déjà eu quatre séances de négociations. "Nous avons déjà fait du chemin", assure-t-on côté européen, même si de l'avis général, le trajet s'annonce long et ardu, chaque partie ayant à coeur de protéger des secteurs jugés "sensibles".

La 4ème séance en novembre dernier à Bruxelles n'avait pas permis de mettre des propositions concrètes sur la table, indique un connaisseur du dossier, mais cette fois, ajoute-t-il, ce devrait être le cas sous la pression de la clause "couperet" de la Commission européenne.

"Cela met indubitablement la pression sur le Japon (7e marché des exportateurs européens, 3e il y a dix ans) qui du coup a fait certains efforts", juge un autre spécialiste sous couvert d'anonymat. Même si, selon le même, on n'est pas dans une logique du "ça passe ou ça casse".

"Personne ne s'attendait à conclure avant la fin de cette année. Nous n'avons pas fixé de date butoir et préférons un bon accord à un accord rapidement", estime M. Schweisgut.

- Plusieurs lièvres à la fois -

Très réticent à ouvrir par exemple son marché agricole et agro-alimentaire(riz, boeuf, porc, céréales et produits laitiers ou à base de céréales, vin, etc...), le Japon vise un meilleur accès au marché automobile et électronique européen.

Il espère ainsi rattraper la Corée du Sud qui depuis son accord avec l'UE il y a environ deux ans a fait un malheur sur le Vieux Continent avec ses voitures Hyundai, ses smartphones Samsung ou ses téléviseurs LG.

Du côté européen, on insiste sur la levée par le Japon des barrières non tarifaires, 31 selon l'UE, qui peuvent prendre la forme de normes de sécurité et d'homologation draconiennes dans des secteurs aussi variés que l'automobile, le transport ferroviaire, les médicaments ou l'alimentation, en particulier les additifs alimentaires.

L'accord en discussion couvre les biens et les services, ainsi que les investissements, les marchés publics ou encore la propriété intellectuelle.

Mais, conscient qu'il doit impérativement monter dans le train de la mondialisation alors que son économie sort d'une période de léthargie, le Japon court plusieurs lièvres à la fois.

Outre cet accord avec l'UE, il en négocie un autre de taille sans doute plus politique: le TPP (Trans Pacific Partnership) avec les Etats-Unis et onze pays de la zone Pacifique. Là aussi, les discussions buttent pour le moment entre Tokyo et Washington sur les produits agricoles et le marché automobile, ce qui a empêché comme prévu une conclusion fin 2013, au grand dam de Washington.

Tokyo discute également en bilatéral avec l'Australie, le Canada, cherche un accord tripartite avec la Chine et la Corée du sud malgré leurs divergences politico-historiques, tout en négociant une autre entente avec l'Asean et cinq autres nations (Australie, Chine, Inde, Corée et Nouvelle-Zélande).

Avec l'Union européenne, la réunion de la semaine prochaine aura valeur de test avant le sommet UE-Japon de mai: "on va voir si le verre est à moitié vide ou à moitié plein, et si les Japonais sont de bonne foi", commente un diplomate sous couvert d'anonymat.

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