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29/03/2014 11:39 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

Financement: Marois se défend d'avoir déclenché des élections précipitées

MONTRÉAL - «Jamais, jamais, jamais»: Pauline Marois se défend d'avoir déclenché la campagne électorale pour éviter que son parti ne soit éclaboussé devant la commission Charbonneau ou par une enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

La chef péquiste assure ne rien savoir de l'existence d'un système de financement occulte au Parti québécois (PQ) qui aurait contribué à garnir les coffres péquistes dans les années 1990.

En marge d'une annonce sur la protection des travailleurs, samedi matin, Mme Marois a été questionnée sur les pratiques passées de sa formation politique en matière d'intégrité et de financement dans la foulée de la publication d'un reportage de La Presse.

Selon cet article, dans les années 1990, des firmes de génie-conseil se seraient réparti les territoires pour l'obtention des contrats publics lors de «ventes aux enchères» annuelles au profit du Parti québécois, au pouvoir à cette époque.

«J'ai aucune idée de ce dont il s'agit; j'ai jamais entendu parler de ça», a-t-elle lancé en conférence de presse dans le Vieux-Montréal, refusant de répondre à une question qu'elle a qualifiée d'«hypothétique».

L'actuel directeur général du Parti québécois (PQ), Sylvain Tanguay, qui a été rencontré par les enquêteurs de l'UPAQ, avait assumé les mêmes fonctions en 2000, alors que Lucien Bouchard était premier ministre.

Mme Marois a dit ne pas se souvenir si elle était au courant que les enquêteurs de l'escouade anticorruption avaient rencontré M. Tanguay avant de demander la dissolution de l'Assemblée nationale, le 5 mars dernier.

«Attendez un peu là... oui, je sav... Est-ce que je le savais avant de déclencher les élections? Je ne me souviens pas. Il faudrait que je revérifie, honnêtement», a-t-elle hésité.

Elle a poursuivi en disant que de toute façon, cela n'aurait «rien changé» à sa décision d'appeler les Québécois aux urnes le 7 avril.

En milieu de semaine, le PQ a publié un communiqué pour confirmer que Sylvain Tanguay et le directeur des finances et de l’administration de la formation politique, Pierre Séguin, avaient rencontré «de façon informelle deux sergents enquêteurs de l'escouade Marteau».

«Le Parti québécois n'a été soumis à aucune perquisition, n'a pas eu d'autre rencontre avec les enquêteurs et aucun document n'a été demandé», peut-on lire dans la déclaration datée du 25 mars.

Loi anti-briseur de grève: «pas la priorité»

Pauline Marois avait convoqué les représentants des médias pour présenter les engagements de sa formation politique en matière de protection des travailleurs. Elle était accompagnée de quelques-uns de ses candidats, dont Pierre Paquette, Guy Leclair et Agnès Maltais.

Cette dernière, ministre sortante du Travail, a déclaré que s'il était reporté au pouvoir, le PQ traiterait en priorité le dossier des régimes de retraite à prestation déterminée.

Par la suite, le gouvernement se lancerait dans des «consultations» avec des organisations patronales et syndicales afin de déterminer si le moment est venu de rouvrir le Code du travail afin de le moderniser, a exposé Mme Maltais.

Une fois que le PQ aura abordé les questions des travailleurs à statut précaire et les enjeux reliés à la santé et à la sécurité, entre autres, il «pourrait» aborder l'aspect du Code du travail concernant les briseurs de grève, a complété sa chef.

«Nous serons prêts à envisager de discuter cette question, comme d'autres questions, C'est toujours dans notre programme même si ce n'est pas dans notre plateforme électorale, a signalé Pauline Marois. Ce n'est donc pas exclu, mais ce ne sera pas une priorité.»

Le projet de modernisation des dispositions anti-briseurs de grève prévues au Code du travail prend un tout autre sens depuis l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau, ex-président et chef de la direction de Québécor, qui était en poste pendant le lock-out au Journal de Montréal.

À la suite de ce long conflit de travail, le PQ avait proposé un projet de loi anti-briseurs de grève pour moderniser le Code du travail et l'adapter aux nouvelles technologies, qui permettent à des briseurs de grève d'accomplir le boulot d'employés en lock-out ou en grève.

Lors de son passage en commission parlementaire, en février 2011, M. Péladeau s'était inscrit en faux contre le projet de loi que caressait le Parti québécois.

«Honnêtement, je pense que ça va pénaliser le Québec, ça va faire en sorte d’effrayer les entreprises qui vont avoir de plus en plus de difficultés à pouvoir s’installer ici. Ça va probablement précipiter la fermeture de nombreuses d’entre elles. Je ne veux pas être pessimiste, mais je suis inquiet, je suis très inquiet effectivement», avait-il déclaré.

Il avait prévenu qu'en allant de l'avant, le gouvernement s'engagerait sur une pente dangereuse en envisageant une réforme du Code du travail «à cause d'un conflit qui concerne moins de 200 personnes» au Journal de Montréal.

Rassemblement militant

Pauline Marois, qui célébrait samedi son 65e anniversaire de naissance, a pris part à une soirée militante qui a réuni plusieurs centaines de personnes — environ 1800, selon le PQ — au théâtre Telus, à Montréal.

La première ministre sortante est montée sur scène après s'être frayée un chemin à travers la foule compacte. Son époux, Claude Blanchet, se trouvait à quelques mètres de là, entouré de plusieurs gardes du corps qui formaient un demi-cercle autour des marches menant à la scène.

Plusieurs candidats de premier plan, dont Pierre Karl Péladeau, Véronique Hivon, Lorraine Pintal, Léo Bureau-Blouin, Martine Desjardins et Bernard Drainville ont prononcé des discours lors de ce grand rassemblement, «le plus gros de la campagne, tous partis confondus», s'est réjouie Mme Marois.

L'auteure et animatrice Janette Bertrand, qui a donné son prénom à un mouvement en faveur de la charte de la laïcité, a également livré une allocution en soulignant au passage que c'était «la première fois (qu'elle) parle de (ses) allégeances politiques».

Région montréalaise convoitée

La caravane péquiste doit demeurer dans la région de Montréal dimanche. Un arrêt est prévu en matinée dans la circonscription de Mille-Îles, que brigue Djemila Benhabib, et dans celle de Sainte-Marie-Saint-Jacques, que Daniel Breton espère remporter pour une seconde fois.

En soirée, aucune activité n'est prévue. On verra toutefois la leader péquiste au petit écran, puisque l'émission «Tout le monde en parle» à laquelle Pauline Marois et son adversaire libéral Philippe Couillard ont participé mercredi, sera diffusée à 20 h.