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28/03/2014 12:34 EDT | Actualisé 28/05/2014 05:12 EDT

Turquie: le gouvernement lance la chasse aux sorcières contre Gülen après une nouvelle fuite

Les autorités turques ont lancé vendredi la chasse aux auteurs de la fuite retentissante sur internet du compte-rendu d'une réunion sensible sur la Syrie, dénoncée comme un nouveau coup de la confrérie de Fethullah Gülen à la veille des élections municipales.

Après une série de conversations téléphoniques visant le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, la publication jeudi sur YouTube d'un enregistrement pirate impliquant des hauts responsables de la sécurité du pays a provoqué stupeur et colère à Ankara.

M. Erdogan contraint vendredi au silence par une extinction de voix, c'est le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, piégé par la fuite, et le chef de l'Etat Abdullah Gül qui ont sonné la charge contre cette atteinte à la "sécurité nationale".

"Une telle cyberattaque pendant une réunion où sont discutées des opérations militaires n'est rien d'autre qu'une attaque militaire", s'est indigné M. Davutoglu à la télévision, "tout sera inspecté et tout le monde interrogé".

Le ministère des Affaires étrangères a été passé au peigne fin à la recherche d'éventuels micros espions.

"C'est un acte d'espionnage qui menace la sécurité de l'Etat. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour identifier ceux qui sont à l'origine de cet acte", a renchéri M. Gül.

Ce nouveau rebondissement a encore tendu un peu plus le climat politique en Turquie, à deux jours d'élections municipales cruciales pour M. Erdogan, de plus en plus contesté pour sa dérive autoritaire après douze ans de règne à la tête du pays.

La bande son diffusée jeudi met en scène M. Davutoglu, son numéro 2 Feridun Sinirlioglu, le chef des services de renseignement (MIT) Hakan Fidan et un général de haut rang lors d'une réunion qui, selon la presse turque, s'est déroulée le 13 mars au ministère des Affaires étrangères à Ankara.

Ils y évoquent à bâtons rompus le scénario d'une opération secrète susceptible de justifier une riposte militaire turque en Syrie.

Sur cet enregistrement, la voix attribuée à M. Fidan propose d'envoyer "quatre hommes (en Syrie) pour lancer huit missiles dans un terrain vague" en Turquie. "Ce n'est pas un problème, une justification peut être fabriquée", ajoute le chef du MIT.

- Gülen dans le collimateur -

Le gouvernement turc a confirmé l'existence de la réunion mais assuré dès jeudi que son compte-rendu avait été "manipulé".

Dans la foulée, il a ordonné jeudi le blocage de YouTube, une semaine après avoir ordonné celui de Twitter, pour tenter d'enrayer la diffusion de l'enregistrement.

Comme M. Erdogan, M. Davutoglu a accusé l'influente confrérie du prédicateur Fethullah Gülen, qui vit aux Etats-Unis, d'être à l'origine de la nouvelle fuite.

"Nous prendrons des mesures contre ceux qui veulent plonger la Turquie dans le chaos à des fins politiques", a promis le ministre, "à quelques jours des élections, tout le monde comprend bien qui est derrière tout ça".

Depuis des mois, M. Erdogan a fait du mouvement de M. Gülen, très influent dans la police et la justice turques, son ennemi numéro 1. Il l'accuse d'avoir constitué un "Etat parallèle" et d'être à l'origine des graves accusations de corruption qui le visent.

Vendredi, les autorités turques ont annulé un passeport de service qui avait été accordé à M. Gülen, 73 ans, qui vit depuis 1999 aux Etats-Unis.

M. Davutoglu a justifié vendredi la décision de bloquer entièrement l'accès à YouTube par le refus de la plateforme de "fermer un compte". "Il ne s'agit pas là de liberté d'opinion mais d'une menace à notre sécurité", a-t-il plaidé.

YouTube restait toutefois largement accessible vendredi en Turquie.

Comme celle frappant Twitter, cette nouvelle interdiction a suscité de multiples critiques. Après Bruxelles et Washington, l'ONU a déploré une interdiction qui "limite indûment le droit fondamental" à la liberté d'opinion et d'expression.

Le barreau d'Ankara a saisi vendredi la justice pour mettre un terme à l'interdiction de YouTube en Turquie. Avec d'autres, cette association a obtenu mercredi un jugement levant celle frappant Twitter, qui n'a toutefois toujours pas été appliquée.

bur-pa/bir