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28/03/2014 09:27 EDT | Actualisé 28/05/2014 05:12 EDT

"Nous vous surveillons", rappellent les manifestants de Kiev à leurs dirigeants

Le temps semble s'être arrêté sur la place de l'Indépendance de Kiev, le Maïdan, depuis les manifestations qui l'avaient transformée en champ de bataille, comme une mise en garde aux nouveaux dirigeants que surveillent ceux qui les ont portés au pouvoir.

Un enchevêtrement de barbelés, de métal, de sacs de sable et de pneus bloque toujours l'accès à la place, où les manifestants avaient érigé en février des barricades contre la police anti-émeutes, lors des dernières semaines sanglantes de trois mois de manifestations, qui ont fait plus de 100 morts.

Les passants s'attardent devant les autels improvisés, envahis par les fleurs fanées et des lettres en l'honneur des victimes, tandis que d'autres se prennent en photo devant la place Maïdan.

"Nous allons rester là jusqu'à ce que les autorités deviennent normales et ne soient plus corrompues", insiste Roman, 23 ans, qui fait partie des manifestants campant encore dans les tentes sur la place Maïdan et un boulevard adjacent.

"Maïdan aura gagné lorsque nous aurons vu des changements significatifs", ajoute-t-il. Dans l'odeur âcre de la fumée dégagée par les feux, les jeunes manifestants servent toujours la soupe sur la place, comme lors des trois mois de mobilisation.

Alors que l'Ukraine s'approche de l'élection présidentielle prévue le 25 mai, organisée après la destitution du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch, les manifestants sont résolus à ne pas quitter la place Maïdan, transformée en grand camping.

"Je vais rester ici jusqu'à la fin, jusqu'à l'élection présidentielle du 25 mai. Nous ne faisons plus confiance à personne... nous ne faisons que les surveiller", explique à l'AFP Sergïi, un acteur de 31 ans venu d'Odessa.

- "Choisir un nouveau dirigeant" -

"Il est nécessaire de montrer aux nouvelles autorités que nous sommes là, et que nous les contrôlons. Nous voulons qu'elles se rappellent qu'elles ont été élues par Maïdan, que c'est leur responsabilité", continue-t-il.

Pour le nouveau gouvernement ukrainien, les premières semaines au pouvoir ont été particulièrement ardues, avec la perte de la Crimée, et la chute libre de l'économie ukrainienne.

Alors qu'un haut responsable de la Défense ukrainienne a affirmé que la Russie a massé près de 100.000 soldats le long de sa frontière avec l'Ukraine, Kiev continue de s'inquiéter d'une intervention russe dans l'Est du pays, et le gouvernement du Premier ministre par intérim Arseni Iatseniouk ploie sous les critiques.

Personnage-clé de la contestation ukrainienne, le champion de boxe et candidat à l'élection présidentielle Vitali Klitschko a qualifié "d'inefficaces" certains responsables politiques.

"Si les choses continuent comme ça, nous pourrions proposer de choisir un nouveau dirigeant", a-t-il dit au Parlement, dont le président est aussi le président par intérim de l'Ukraine, Oleksandr Tourtchynov.

Quand on s'éloigne de la place Maïdan, de nombreux Ukrainiens disent qu'avoir un nouveau gouvernement est déjà un progrès, au-delà des récents événements, et même de la perte de la Crimée.

"Je vois des changements positifs, de nouvelles réussites et je réalise qu'il est impossible qu'on fasse plus en un mois", explique Katerina, 56 ans, fonctionnaire.

"Il est aussi impossible de contrebalancer les conséquences du gouvernement précédent. Bien sûr, il y a beaucoup d'erreurs. Nous avons besoin d'une politique anti-corruption plus forte, etc. Mais je pense que c'est la bonne voie".

Pour Mykola, ingénieur de 61 ans, le nouveau gouvernement "a reçu un terrible héritage: pas d'argent, pas d'économie, une armée et une police faible. Il doit changer ça, mais, bien sûr, pas en un mois".

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