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28/03/2014 09:34 EDT | Actualisé 28/05/2014 05:12 EDT

L'Ukraine se tourne vers la présidentielle, Obama interpelle Poutine

L'Ukraine se tournait vendredi vers la présidentielle du 25 mai après la candidature de l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, dans un contexte de haute tension avec la Russie exhortée par Barack Obama à retirer ses troupes de la frontière ukrainienne.

"Pour parvenir à une désescalade et résoudre cette situation, la Russie doit retirer ses troupes et commencer à négocier directement avec le gouvernement ukrainien et la communauté internationale", a déclaré le président américain dans un entretien à la chaîne CBS.

Barack Obama a tenu des propos très durs sur son homologue russe Vladimir Poutine, l'accusant de "rancune au sujet de ce qu'il considère comme la perte de l'Union soviétique".

Kiev estime que 100.000 soldats russes stationnent près de sa frontière orientale et craint une répétition dans sa partie orientale du scénario qui a permis en seulement trois semaines le rattachement de la Crimée à la Russie.

La diplomatie russe a accusé les dirigeants occidentaux d'être soit mal informés soit de mauvaise foi, soulignant que plusieurs inspections internationales menées en mars près de la frontière n'avaient décelé aucun "préparatif agressif".

Viktor Ianoukovitch, le président destitué le 22 février, a alimenté les craintes de séparatisme en appelant, depuis la Russie où il est en fuite, à un référendum dans chaque région de l'ex-république soviétique.

"Ne laissez pas les imposteurs vous utiliser!", a lancé l'ancien chef de l'Etat démis après trois mois de contestation qui s'étaient terminés par un bain de sang dans les rues de Kiev, excluant "la possibilité d'élections justes".

Mais dans la capitale ukrainienne, la succession s'organise et la course s'accélère en vue du scrutin du 25 mai. Les candidats ont jusqu'à dimanche pour se faire connaître et dès samedi, les grandes formations politiques doivent introniser leur représentant.

- Poutine "ennemi numéro un" -

Avec la candidature de Ioulia Timochenko, qui à 53 ans se montre plus déterminée que jamais, la campagne s'annonce dure entre les chefs de file du mouvement pro-européen, en tête dans les enquêtes d'opinion.

L'ex-champion de boxe Vitali Klitschko est sur les rangs mais il pourrait céder sa place à l'ex-ministre et homme d'affaires Petro Porochenko, dont l'empire financier va du chocolat aux médias et qui est le favori actuel des sondages. On compte aussi le nationaliste Oleg Tiagnibok et le leader du mouvement paramilitaire ultra-nationaliste Pravy Sektor, Dmytro Iaroch.

Plusieurs représentants du Parti des régions de M. Ianoukovitch sont déjà sortis du bois, notamment l'ex-vice Premier ministre en charge des questions gazières, Iouri Boïko, l'homme d'affaires Serguiï Tiguipko et l'ancien gouverneur de la ville russophone Kharkiv, Mikhaïlo Dobkine.

Dès le lendemain de l'officialisation très attendue candidature, Ioulia Timochenko, sortie de prison le jour de la destitution de M. Ianoukovitch, a confirmé son intention d'occuper le terrain. Elle a présenté un projet de loi intensifiant la lutte contre la corruption, endémique en Ukraine, et a de nouveau eu des mots très durs contre Moscou.

"Tant que la Crimée sera occupée par le Kremlin, Vladimir Poutine restera pour moi l'ennemi numéro un de l'Ukraine. Je consacrerai toutes mes forces à la défense de l'Ukraine et n'accepterai jamais l'idée que la Crimée est perdue pour l'Ukraine", a-t-elle martelé.

Le président russe a confirmé implicitement la participation des forces russes dans la prise de contrôle de la péninsule de mer Noire, qui a selon lui "démontré les nouvelles capacités" de l'armée russe.

- Risque de "guerre du gaz" -

A New York, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon doit s'exprimer devant le Conseil de sécurité au lendemain du vote d'une résolution dénonçant le référendum du 16 mars dans la péninsule de la mer Noire, qui a révélé d'importantes lignes de fractures entre pays riches et émergents.

La diplomatie russe a dénoncé une "initiative contre-productive (qui) ne fait que compliquer le règlement de la crise politique en Ukraine".

Sur le front économique, le gouvernement ukrainien pro-européen peut se féliciter d'avoir reçu jeudi l'assurance d'une aide massive des Occidentaux: 27 milliards de dollars sur deux ans, dont une ligne de crédit de 14 à 18 milliards de dollars du Fonds monétaire internationale.

Selon le ministre des Finances, le premier versement, attendu fin avril, pourrait s'élever à trois milliards de dollars, évitant au pays la banqueroute redoutée.

Pour cela, les autorités ukrainiennes doivent mettre en place, en pleine campagne électorale, des mesures d'austérité très strictes, notamment une hausse de 50% du prix du gaz pour les ménages et le gel des retraites et traitements des fonctionnaires.

Elles craignent aussi devoir gérer une nouvelle "guerre du gaz" avec Moscou, qui pourrait augmenter de manière spectaculaire le prix du gaz exporté à l'Ukraine dès le 1er avril, voire fermer les tuyaux si Kiev ne règle pas ses arriérés de paiement envers Gazprom. Ces derniers s'élèvent à 1,7 milliard de dollars, selon le ministre ukrainien de l'Energie.

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