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27/03/2014 03:03 EDT | Actualisé 27/05/2014 05:12 EDT

Sur les marchés, duel historique de femmes à la conquête de Paris

"On compte sur vous", lance la favorite. "Ca bouge dans le bon sens", répète sa rivale. Anne Hidalgo (socialiste) et Nathalie Kosciusko-Morizet (droite) arpentent les marchés à Paris à la veille de la première élection dimanche d'une femme à la mairie de la capitale française.

Arborant son éternelle écharpe rose, Anne Hidalgo, reçoit des voeux de réussite, et quelques doléances. Elle répond en distillant des morceaux de son programme.

Après douze ans passés auprès du maire socialiste sortant Bertrand Delanoë, cette brune de 54 ans est arrivée deuxième au premier tour derrière sa rivale de droite Nathalie Kosciusko-Morizet, qui l'a devancée d'un point.

Mais elle est favorite car son parti, même s'il devait obtenir moins de voix que la droite au total, devrait l'emporter dans la majorité des vingt arrondissements qui composent Paris, selon les sondages.

Une dame assez énervée lui dit qu'il faut "supprimer les prud'hommes" (justice spécialisée dans le droit du travail) considérés comme un frein à l'embauche. "Ca n'entre pas dans mes compétences", relève Anne Hidalgo, en précisant que "Paris réserve 50% des marchés publics aux petites et moyennes entreprises parisiennes". "Je ne voterai pas pour vous", conclut la dame.

Autre sujet de récrimination, la propreté. "Vous pensez que ce serait mieux si la droite passait ?", demande la socialiste, accusant sa rivale de droite de préparer un "plan social" pour licencier 2.500 agents municipaux.

Nathalie Kosciusko-Morizet, surnommée "NKM", prévoit de baisser les effectifs de 500 personnes par an en ne remplaçant pas certains départs et en ne renouvelant pas certains contrats.

Globalement l'accueil pour la candidate socialiste est bon: une femme d'origine espagnole se dit "fière d'elle", un homme demande un autographe.

Personne n'évoque le débat télévisé cette semaine, où la socialiste a harcelé son adversaire au point de ne plus lui laisser d'espace pour dérouler ses propositions.

Le duel entre la candidate de droite, diplômée de la prestigieuse École polytechnique formant l'élite française, et Mme Hidalgo, issue d'une famille d'exilés espagnols et ancienne inspectrice du travail, a s'est davantage focalisé sur de petites phrases assassines que sur l'avenir d'une métropole de 2,2 millions d'habitants.

La mairie de Paris, qui permit à un ancien maire, Jacques Chirac, de se hisser au sommet de l'État en 1995, est depuis cette époque perçue comme un puissant tremplin politique.

- 'Moi, j'y crois' -

Accompagnée d'une poignée de militants, Nathalie Kosciusko-Morizet, l'ancienne ministre de l'Écologie de Nicolas Sarkozy, 40 ans, bat aussi le pavé en cette fin de campagne électorale.

Cette rousse flamboyante, qui se décrit comme "une tueuse", reçoit les encouragements et les marques d'amitié des uns et des autres.

Un Corse, qui lui croit des origines corses, lui souhaite de "la force", une dame lui dit de "dormir sur les deux oreilles: vous allez passer". Un homme très mal disposé vis-à-vis de Mme Hidalgo promet: "Si vous passez, je vous embrasse où vous voulez!".

La candidate s'efforce d'avoir un mot personnel pour chacun, montrant qu'elle connaît les coins et recoins de la capitale.

Une dame se plaint de ne pas avoir sa carte d'invalidité "depuis trois ans". NKM demande à une de ses colistières de prendre ses coordonnées.

Plusieurs personnes ont vu le débat télévisé qui a opposé les deux candidates: "Elle était hargneuse et vous pas assez", dit une dame. "Elle a essayé de tuer le débat (...) Elle coupait tout le temps", répond NKM.

Une autre s'approche: "Vous n'avez pas dit qu'elle a acheté des bus au diesel!" "Vous avez vu comme elle s'est trompée sur les métros. Si ça avait été moi on en aurait entendu parler!" rétorque la candidate de droite.

Un peu plus loin, une passante lui lance: "Moi j'y crois".

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