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27/03/2014 04:06 EDT | Actualisé 26/05/2014 05:12 EDT

Qui mettra la main sur Groulx?

La circonscription de Groulx, au nord de Montréal, est l'objet d'une chaude lutte entre le Parti québécois, qui présente sa candidate-vedette Martine Desjardins, et la Coalition avenir Québec, qui espère bien conserver le siège qu'elle a remporté par une faible majorité en 2012.

Un reportage de Vincent Champagne Twitter Courriel

Mercredi midi, les étudiants du Collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, étaient nombreux à écouter débattre les candidats à l'élection provinciale. Certains prenaient des notes. Quelques applaudissements appuyaient de temps à autre la déclaration d'un des candidats.

La candidate libérale, Vicki Émard, s'est désistée quelques heures avant la rencontre. L'organisatrice du débat a rappelé aux étudiants que c'est la troisième élection en ligne où les libéraux font faux bond. « Tirez-en vos propres conclusions », a-t-elle lancé.

Martine Desjardins, l'ex-leader étudiante, se sentait d'attaque. Et si seuls les étudiants pouvaient voter, il semble bien qu'elle l'emporterait. « Je pense qu'elle représente vraiment bien la jeunesse québécoise. Et puis, c'est une femme très scolarisée », dit Éliane Morency, qui a monté un petit groupe de soutien au sein du collège.

« Dès qu'on lui parle, c'est inévitable qu'on veut voter pour elle », ajoute son amie Andrée-Anne Martel-Ouellet. « Faut que ça change », croit Michael Courcy, selon qui la CAQ ne doit pas conserver la circonscription. « On va se battre pour que ça change. Vive le Québec libre, comme dirait Charles de Gaulle! »

Quelques tables plus loin, Ariane Monzerolle n'est pas aussi vendue à l'idée de voter PQ. Son cœur balance entre Option nationale et Québec solidaire. « Option nationale, ils veulent faire l'indépendance tout de suite. Je ne sais pas si c'est vraiment le plus important en ce moment. J'ai l'impression que Québec solidaire, ils vont y aller plus en douceur », dit-elle.

Pour Martine Desjardins, c'est l'occasion de convaincre les jeunes souverainistes de se rallier à elle.

Le Collège Lionel-Groulx est l'un des cégeps où les choses ont bougé le plus pendant le printemps érable. L'association étudiante, très militante, ne prend pourtant pas position dans le débat électoral cette année. L'un de ses représentants se contente de dire qu'il invite tous les étudiants à la grande manifestation contre l'austérité du 3 avril.

La CAQ confiante

Mais voilà, il n'y a pas que des étudiants qui votent dans la circonscription de Groulx. Et la bataille pourrait s'avérer plus chaude que prévu, puisque la CAQ a encore des appuis. Claude Surprenant, qui se présente sous cette bannière, n'a pas la notoriété de l'ex-députée Hélène Daneault, qui s'est retirée en tout début de campagne, mais il mise sur son expérience dans le monde des affaires pour établir sa crédibilité.

Et il n'observe pas de fuite des votes caquistes vers les libéraux, comme le laissent entendre plusieurs sondages à l'échelle nationale. « Ça ne se matérialise pas. Les gens demeurent caquistes à travers le comté », dit-il.

Mais pour quelques citoyens rencontrés au centre-ville de Sainte-Thérèse, l'essoufflement de la CAQ est bien réel. « Malheureusement, je pense que la CAQ recule pas mal », dit Denis Beauvais. « Je suis un peu déçu », ajoute-t-il, en se demandant s'il votera de nouveau pour le parti de François Legault. Même si l'écart idéologique est grand, il envisage un vote pour Québec solidaire. « C'est Françoise David qui a l'air la plus intègre. »

L'effet « référendum » 

La stratégie libérale des dernières semaines semble aussi porter ses fruits dans Groulx. En brandissant le thème du référendum, le PLQ a ramené à lui certains électeurs. C'est le cas de Serge Pelland et de sa femme, venus prendre un petit café au Faubourg Boisbriand.

« La CAQ, je souhaiterais qu'ils soient là, parce qu'ils parlent du vrai bon sens, mais ils n'ont pas de chance », fait remarquer M. Pelland. « Il faut voter contre ce qu'on ne veut pas, la séparation. C'est bien de valeur. Je vais voter libéral, c'est un moindre mal. C'est une solution de rechange », dit-il.

Pour un jeune homme qui attend ses amis, les libéraux constituent le meilleur choix. « Ce n'est pas contre Martine Desjardins, c'est contre le PQ. Je ne suis pas capable », dit-il. Lorsqu'on lui apprend que c'est la CAQ qui a gagné la circonscription lors des dernières élections, il s'en étonne. « Ça fait juste un an que j'ai déménagé ici, je ne le savais pas. Je vais regarder ça. L'important, c'est que le PQ ne rentre pas. »

Groulx est une circonscription qui a souvent changé de main. Du Parti québécois au Parti libéral, en passant par l'ADQ, puis retour au PQ, et enfin la CAQ, son cœur balance. « J'espère que nous deviendrons Québec solidaire cette fois », lance Sylvie Giguère, qui se présente pour une deuxième fois pour le parti de gauche. Il faudrait tout un renversement de tendance, puisqu'elle a obtenu moins de 2000 voix en 2012.

Pour sa part, le candidat d'Option nationale, Alain Marginean, croit que l'organisation de son parti, après deux ans, est « un peu mieux » organisée. « La dernière fois, on avait été pris pour s'organiser en trois semaines. Vous savez, une idée, ça prend un certain temps avant que ça se réalise. Mais ce qui est important, c'est qu'on est un espoir pour une politique saine et moins cynique », dit-il.

En plus de Groulx, la Coalition avenir Québec détenait aussi les circonscriptions voisines de Blainville et de Saint-Jérôme. Alors que la campagne électorale entame son dernier sprint, les trois grands partis redoublent d'efforts pour gagner des points.