NOUVELLES
27/03/2014 05:39 EDT | Actualisé 27/05/2014 05:12 EDT

Les taxes font grimper les prix des billets d'avion

L'Institut économique de Montréal (IEDM) vient de publier des chiffres qui confirment, encore une fois, ce que les consommateurs canadiens savent depuis des années : le prix des billets d'avion pour voyager vers les États-Unis est élevé à cause des taxes, des charges et des autres frais qui s'ajoutent à la facture au moment de l'achat. En moyenne, à l'échelle nationale, la différence entre un billet acheté ici et l'équivalent aux É.-U. est de 428 $ pour un aller-retour.

Un texte de Normand Grondin Twitter Courriel

Et il n'y a pas que le consommateur qui en paie le prix, mais également l'industrie, selon Michel Kelley-Gagnon, PDG de l'IEDM. « Certaines études parlent de 2,6 milliards de dollars par année en pertes économiques et de 9000 emplois sacrifiés à cause de ce phénomène. »

L'étude précise que 75 % de la population canadienne vit à 90 minutes de la frontière des États-Unis et que 5 millions de Canadiens partent chaque année d'un aéroport américain pour économiser sur le prix de leur billet d'avion.

À titre d'exemple, un passager qui part de Montréal vers Fort Lauderdale, en Floride, paie en moyenne 36 % de plus que s'il avait pris l'avion à Plattsburgh, dans l'état de New York. Pour un vol vers New York, le voyageur qui part de Montréal paie 10 % de plus qu'un départ de Burlington, au Vermont. Pas étonnant que 80 % des passagers de l'aéroport de Plattsburgh et 30 % de ceux de Burlington soient des Canadiens...

« ll ne faut pas oublier que pour la plupart des passagers, le transport aérien est vu comme une commodité et dans une commodité, c'est le prix qui fait toute la différence », rappelle Éric Lippe, PDG de l'Association québécoise du transport aérien (AQTA). « Donc, ça ne prend pas grand-chose pour que les gens choisissent les États-Unis plutôt que le Canada pour leur vol. »

L'institut économique de Montréal propose, comme d'autres l'ont fait auparavant, notamment le Comité sénatorial des transports et le Conférence Board du Canada en 2012, de réduire les taxes et les autres frais qu'on impose aux voyageurs afin de rendre l'industrie canadienne plus compétitive. L'IEDM souligne au passage que le Canada se classe au 136e rang sur 140 pays au chapitre des taxes qui touchent l'industrie aérienne.

Michel Kelley-Gagnon suggère tout d'abord de faire disparaître les frais aéroportuaires qu'imposent les aéroports (des organismes sans but lucratif) aux voyageurs pour payer leur « loyer » au gouvernement fédéral. Selon lui, éliminer ces frais annuels de 250 millions de dollars allégerait la facture des voyageurs, sans trop hypothéquer le budget d'Ottawa. « Les gouvernements n'aiment pas perdre des sources de revenus, mais il faut voir le transport aérien comme un moteur de développement économique, plutôt que de voir les aéroports comme un simple poste de péage », affirme le PDG de l'IEDM.

En éliminant les frais aéroportuaires, on estime qu'on augmenterait le trafic passager de 590 000 personnes par année et qu'on créerait des milliers de nouveaux emplois.

L'AQTA est d'accord globalement avec une réduction de taxes sur les billets, mais avec une réserve. « Nous, on veut s'assurer que ces baisses de tarification se rendent jusqu'aux passagers, qu'ils profitent vraiment d'une réduction du prix de leur billet d'avion », a précisé M. Lippe. 

L'Institut suggère finalement, mais à moyen terme, de vendre certains aéroports à des intérêts privés, comme c'est le cas pour plus d'une vingtaine d'aéroports en Europe et de plusieurs autres, aux États-Unis. La proposition peut sembler radicale a priori, mais selon M. Kelley-Gagnon, elle est réaliste, sachant que de grands fonds de placement, comme Teacher's et la Caisse de dépôt et placement du Québec, ont déjà investi dans plusieurs aéroports européens ces dernières années.