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27/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 26/05/2014 05:12 EDT

Enrico Berlinguer, figure de l'Eurocommunisme, star d'un film pour les 30 ans de sa mort

Qui était Enrico Berlinguer ? 30 ans après sa mort, les jeunes Italiens ne connaissent pas l'ancien chef du Parti communiste (PCI), au centre d'un documentaire sortant en salles jeudi qui ravive son message précurseur d'ouverture et le "besoin d'une autre politique".

Mort d'une attaque cérébrale le 11 juin 1984 peu après un discours, Enrico Berlinguer est pourtant l'une des figures politiques majeures de l'après-guerre, chantre de "l'Eurocommunisme", une stratégie d'autonomie des PC italiens, espagnols et français face à leur homologue russe.

"Quando c'era Berlinguer", ("Du temps de Berlinguer", distribué par Bim et produit par Sky), un Italien sur trois votait communiste, rappelle l'auteur du documentaire, Walter Veltroni, l'un des fondateurs du Parti démocrate (PD, centre gauche), descendant direct du PCI. Mais c'était "un parti dans lequel militaient des gens qui n'étaient pas idéologiquement communistes", note-t-il.

Né le 25 mai 1922 en Sardaigne, Berlinguer adhère au PCI tout jeune et entre dans la résistance anti-fasciste à partir de 1943. De responsable des jeunesses communistes en 1949, il devient secrétaire général du PCI en 1972.

Très critique face à l'hégémonie soviétique, dès l'intervention militaire en Hongrie en 1956, il est l'artisan d'un recentrage du PCI.

A l'origine de la stratégie d'ouverture vers la Démocratie chrétienne (DC, centre droit), dite de "compromis historique", Berlinguer échoue cependant devant les oppositions, notamment du pape Paul VI mais également des Etats-Unis.

En mai 1978, l'enlèvement puis l'assassinat d'Aldo Moro, partisan de ce compromis historique, par les Brigades Rouges achève de briser toute tentative de former un gouvernement de coalition.

Selon son compagnon de lutte, l'ancien directeur du journal L'Unità, Alfredo Reichlin, ce que cet ami de François Mitterrand proposait alors à la DC n'était "pas un accord de gouvernement mais une seconde étape de la +révolution démocratique italienne+". Refusant la "mutation sociale, affirmant des valeurs de diversité, de suprématie de l'homme sur le pouvoir, tout en tentant de faire entendre la voix des derniers, des plus faibles", affirme M. Reichlin, député PCI de 1968 à 1994, lors d'un entretien à l'AFP dans sa résidence romaine.

Le film mêle des témoignages d'hommes politiques qui l'ont connu - tel l'actuel président de la République Giorgio Napolitano -, d'artistes - le chanteur Jovanotti - et des images d'actualité, dont celles de 1974 après la victoire du référendum autorisant le divorce, produit de ses idées réformistes.

Aujourd'hui, "la gauche est un arbre qui ne donne plus de fruits", déplore Alfredo Reichlin, 88 ans.

"L'histoire de Berlinguer, du mouvement ouvrier, de la gauche, est de fait une histoire terminée. Je m'en aperçois avec mes petits-enfants: ils me respectent mais ils ne comprennent pas ce que fut le communisme", confie-t-il.

"Ce qui le rendait le plus fier, c'est d'être toujours resté fidèle aux idéaux de son adolescence", a commenté Pier Luigi Bersani, chef du PD jusqu'à décembre dernier, après avoir vu le film.

Le cinéaste Francesco Rosi, présent lors des funérailles de Berlinguer au milieu d'un million de personnes réunies sur la place Saint-Jean-de-Latran, rappelle combien il était aussi un symbole d'honnêteté qui a "contraint tant d'autres à respecter la morale".

Plus de 2.000 spectateurs se pressaient à l'avant-première "depuis les fascistes jusqu'aux plus grandes chefs d'entreprise", a noté M. Reichlin.

Pour Gianfranco Fini, ex-fondateur du parti néo-fasciste Alliance Nationale, Walter Veltroni a raconté un "bout de notre histoire": son film "n'est pas seulement un hommage à un homme politique mais à un père, un homme de valeurs".

Une vision partagée par le réalisateur pour qui l'héritage de Berlinguer se situe surtout dans sa façon d'avoir fait de la politique, basée sur un "idéal et une morale".

"Il a stoppé le financement du PCI par l'URSS, il a pris ses distances avec les Soviétiques qui ont cherché à le tuer, il s'est ouvert aux catholiques", rappelle cet ancien journaliste.

A la présentation du film, "tous étaient émus, jusqu'aux larmes", relate Alfredo Reichlin. Pour lui, cela prouve qu'il existe "un énorme besoin d'autre chose, d'une autre politique".

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