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27/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 26/05/2014 05:12 EDT

A Felcsut, sur les traces de la popularité de Viktor Orban

Niché dans les collines trans-danubiennes, Felcsut donne l'image d'un village hongrois propret, avec une particularité: la présence d'un stade de football pouvant contenir deux fois plus de spectateurs que la ville ne compte d'habitants.

Mais rien d'étonnant, la commune située à 45 km à l'ouest de Budapest est le fief de Viktor Orban, Premier ministre conservateur et passionné de ballon rond. Il y a passé une bonne partie de son enfance et il en prend soin.

"Il est évident que nous sommes fiers, le village a profité du mandat de Viktor", déclare Ferenc Groszeibl, un retraité.

L'ancien château a été transformé en académie de football "Ferenc Puskas", joueur de légende en Hongrie. Les écoles, l'église, les maisons ont été rénovées, les rues sont propres, un centre culturel "la maison du village" a été inauguré en février.

Et puis il y a le tout nouveau stade pour l'équipe du FC Felcsut, promue cette saison en Première division hongroise. D'un coût de 13 millions d'euros, il pourra accueillir à partir de la fin avril jusqu'à 3.500 supporteurs, soit le double de la population de Felcsut.

"Je suis né ici", poursuit Frenc Groszeibl, "mes parents n'en croiraient pas leurs yeux!".

Comme lui, beaucoup d'habitants désignent le chef du gouvernement par son prénom: il est "l'un des leurs".

"Je le soutiens bien sûr", répond Andrea Zombori quand on l'interroge sur le Premier ministre, dont le parti conservateur Fidesz est donné gagnant aux élections législatives du 6 avril.

"Je pense que les gens dans le pays ressentent que les factures ont diminué, qu'il est plus facile de vivre", estime la jeune femme d'une vingtaine d'années, en référence aux baisses des prix de l'énergie domestique de quelque 20% au total décidées par le gouvernement depuis 2013.

- "Parler la langue du peuple"-

Pour les partisans du Premier ministre, Felcsut est devenu un symbole de la réussite du gouvernement, pour ses détracteurs, celui du "système Orban", basé sur le népotisme.

Au centre de leurs critiques: le maire de la ville, Lorinc Meszaros, ancien employé du gaz et ami de longue date de Viktor Orban. Depuis l'arrivée au pouvoir du parti conservateur Fidesz en 2010, il est devenu multi-millionnaire en euros. Il est notamment accusé d'accaparer des appels d'offres publics pour sa société de construction, ce dont il se défend.

Des pratiques clientélistes ont été régulièrement observées dans le pays, comme au moment de la redistribution des terres arables, dont le maire a aussi profité, ou de la réorganisation des licences de bureaux de tabac.

Pourtant, "Viktor", 50 ans, reste la personnalité la plus aimée en Hongrie, si l'on en croit les sondages. L'étude de mars d'IPSOS le place largement en tête avec 43% d'opinions favorables.

"Les raisons de son succès sont multiples, mais le facteur déterminant pour moi, c'est son charisme. Il sait parler la langue du peuple", indique à l'AFP le Polonais Igor Janke, auteur d'une biographie plutôt positive sur Viktor Orban.

"Il peut être populiste et cynique s'il le faut: il utilise l'argent, les médias et le monde des affaires pour arriver à ses fins", reconnaît-il aussi.

L'opposition de gauche "est composée de dirigeants fatigués, qui ont perdu leur crédibilité (...) cela contribue aussi à son succès", renchérit Zsolt Bayer, un co-fondateur du parti Fidesz.

Pour Jozsef Debreczeni, auteur de deux ouvrages critiques, sa "popularité" repose aussi largement sur l'intimidation. "Viktor Orban entraîne la Hongrie vers le modèle russe de (Vladimir) Poutine", juge-t-il, à savoir un "semblant de démocratie" conjugué à une concentration des pouvoirs - justice, Cour constitutionnelle, médias, Parlement - entre les mains d'un seul parti.

A Felcsut, Ferenc Groszeibl ne veut pas entendre les critiques. "Les gens sont toujours jaloux (...) moi je ne vois que du bien", dit-il, évoquant l'annonce de l'académie de foot selon laquelle un de ses jeunes talents de 15 ans a été repéré par les grands clubs espagnols du Real Madrid et du FC Barcelone. "S'il est choisi pour devenir une vedette internationale, alors cette académie est forcément une bonne chose".

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