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26/03/2014 12:30 EDT | Actualisé 26/05/2014 05:12 EDT

Rupert Murdoch commence à mettre sa succession en ordre

Le magnat des médias américain d'origine australienne Rupert Murdoch, 83 ans, commence à préparer sa succession avec l'annonce mercredi de promotions pour ses deux fils.

Il s'est en particulier rapproché de l'aîné, Lachlan, 42 ans, qui est nommé co-président non exécutif du conseil d'administration des deux sociétés issues de la scission l'an dernier de son empire médiatique: News Corp (journaux et édition) et 21st Century Fox (chaînes de télévision et cinéma).

Le cadet James, 41 ans, est promu pour sa part co-directeur opérationnel de 21st Century Fox, une fonction de terrain où il aura une responsabilité directe sur les réseaux télévisés Fox, Sky et Star.

Les deux hommes siégeaient déjà aux conseils d'administration des deux sociétés. James était aussi le bras droit du directeur d'exploitation de 21st Century Fox, Chase Carey, avec qui il est désormais sur un pied d'égalité.

- Retour du fils prodige -

James comme Lachlan sont issus du mariage de Rupert Murdoch avec la journaliste Anna Torv. Le magnat a au total six enfants issus de trois mariages, et les spéculations vont bon train depuis des années sur lequel lui succédera.

Lachlan avait longtemps été considéré comme l'héritier putatif, mais ce scénario avait volé en éclats avec son départ surprise du groupe en 2005, alors qu'il occupait la fonction de directeur général adjoint. Installé en Australie, Lachlan dirigeait depuis le fonds d'investissement Illyria, qu'il avait fondé, et la chaine de télévision australienne Ten. Il partagera désormais son temps entre Sydney et New York.

"Je suis très satisfait qu'il revienne à une position dirigeante dans la compagnie", a commenté Rupert Murdoch mercredi dans un communiqué.

Dans des mémos transmis aux salariés, dont l'AFP a eu copie, il explique que les nominations de mercredi entrent dans le cadre de "préparations considérables (...) pour assurer un avenir prometteur" à 21st Century Fox. Et dit n'avoir "aucun doute que le sens stratégique de Lachlan, sa passion et sa connaissance des médias sera d'une grande aide pour Robert (Thomson, directeur général de News Corp NDLR) et moi alors que nous emmenons l'entreprise vers la prochaine décennie".

"Etant donné l'âge avancé de Rupert Murdoch, on a le sentiment que les changements qu'il fait maintenant vont durer quand il quittera la scène", commente Dan Kennedy, un professeur de journalisme à la Northeastern University. "Qu'il rappelle Lachlan d'exil peut être une indication des dommages causés à James par le scandale des écoutes téléphoniques" de plusieurs des titres britanniques du groupe, qui continue de faire des vagues.

Le vieil homme d'affaires ne lève pas toutes les ambiguïtés, puisque James reste le seul des enfants à conserver des fonctions exécutives.

David Folkenflik, auteur d'un livre sur Rupert Murdoch en 2013, reconnaît toutefois que les décisions de mercredi sont susceptibles de "faciliter la route pour que Lachlan succède à son père".

- Vers une approche moins politique ? -

Même si le passage de relais semble amorcé, Rupert Murdoch conserve pour l'heure sa mainmise sur son empire. Il reste PDG de 21st Century Fox, et président exécutif du conseil d'administration de News Corp.

Angelo Carusone, vice-président exécutif de l'organisation de surveillance des médias Media Matters for America, estime toutefois que la montée en grade des deux fils augure d'une approche moins politique.

Rupert Murdoch a acquis avec les années une réputation de "faiseur de rois". Au Royaume-Uni où ses journaux ont fait campagne pour les Premier ministres conservateurs Margaret Thatcher, John Major puis, dans un revirement inattendu, le travailliste Tony Blair. Aux Etats-Unis, sa chaîne Fox est réputée très conservatrice.

"Rupert Murdoch est d'abord et avant tout une créature politique. Il se voit comme un vieil homme de presse, et a montré qu'il était prêt à sacrifier les bénéfices pour soutenir un programme politique", relève Angelo Carusone. "Lachlan et James sont davantage des hommes d'affaires que des créatures politiques".

"La question est de savoir si News Corp peut rester une entreprise à direction familiale après Rupert, ou si en temps voulu elle évoluera vers une société plus moderne, avec une direction professionnelle", note toutefois Dan Kennedy.

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