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26/03/2014 12:06 EDT | Actualisé 26/05/2014 05:12 EDT

Bombardier Transport est sévèrement blâmé par la CSST pour la mort d'un employé

MONTRÉAL - Bombardier Transport est sévèrement blâmé pour la mort de Jacques Bédard, un superviseur qui a péri écrasé entre une locomotive et le chariot élévateur qui la remorquait avec une chaîne, le 16 septembre dernier, au site Pointe Saint-Charles de l'Agence métropolitaine de transport (AMT).

La locomotive avait pris de la vitesse, dépassé et entraîné le chariot qui est allé s'appuyer sur le côté de l'engin, là où se trouvait M. Bédard, qui avait tenté à plusieurs reprises de freiner la locomotive en plaçant un morceau de bois sous une roue.

Dans son rapport d'enquête rendu public mercredi matin, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) précise que l'on n'aurait jamais dû utiliser un chariot élévateur pour déplacer une locomotive et que la tentative de freiner la locomotive avec un morceau de bois représentait un risque très élevé en soi.

«Le chariot élévateur n'avait pas d'attelage pour s'arrimer à celui de la locomotive. Il n'avait pas de roues pour pouvoir rouler sur des rails, a expliqué l'inspectrice Isabelle Lalonde. Or, les normes sur les chariots élévateurs indiquent clairement qu'il est interdit de déplacer du matériel roulant ferroviaire avec un chariot élévateur qui n'est pas conçu et équipé à cet effet.»

Elle note qu'une locomotive de service se trouvait sur les lieux et aurait dû être utilisée, ce qui aurait permis un déplacement sécuritaire et un freinage en cas de besoin. Au moment de l'accident, un signaleur était monté à bord de la locomotive en catastrophe pour tenter d'en actionner les freins mais n'y était pas arrivé à temps.

Selon Mme Lalonde, la manoeuvre dans son ensemble présentait plusieurs risques «dont celui d'une collision entre la locomotive et le chariot élévateur. Il aurait pu y avoir un renversement latéral du chariot (...) D'autre part, lorsque le superviseur tentait de freiner avec son morceau de bois, il aurait pu être entraîné et écrasé par les pièces en mouvement de la locomotive. Enfin, lorsque le signaleur est monté dans la locomotive, il aurait pu chuter puisqu'elle était en mouvement.»

Pourtant, soulignent les inspecteurs de la CSST, Bombardier Transport savait pertinemment qu'il s'agissait d'une pratique à haut risque.

«L'employeur avait identifié le danger relié à l'utilisation d'un chariot élévateur en mars 2011 mais sur un autre site. On avait alors interdit verbalement d'utiliser un chariot élévateur seulement aux travailleurs de ce site, a indiqué Mme Lalonde. Par la suite, l'employeur n'a pris aucun des moyens de communication qu'il avait déjà en place pour rendre officielle cette interdiction et d'en informer l'ensemble des travailleurs et des superviseurs des sites.»

La représentante de la CSST n'est d'ailleurs pas tendre à l'endroit de Bombardier dans ce dossier.

«(Bombardier) n'appliquait pas son obligation légale d'appliquer un programme de prévention spécifique pour le site d'entretien Pointe Saint-Charles. Nous avons aussi observé plusieurs manques au niveau de la gestion de la santé et sécurité, l'information donnée aux travailleurs et aux superviseurs ainsi que la formation du superviseur», a dit Mme Lalonde.

Elle a ajouté que «dans leurs inspections mensuelles, les gestionnaires n'ont jamais vérifié la sécurité des déplacements du matériel roulant au site Pointe Saint-Charles. D'ailleurs, ils ignoraient même qu'un chariot élévateur y était utilisé pour des déplacements.»

Un porte-parole de Bombardier Transport, Marc Laforge, a cependant refusé d'admettre que la gestion de la santé et de la sécurité de l'entreprise était déficiente.

«Si c'est la conclusion à laquelle la CSST en arrive, nous ne sommes pas en accord avec ça, mais on ne peut pas contester le rapport, a-t-il indiqué. Nous ne pouvons que contester l'amende et c'est ce que nous sommes en train d'évaluer.»

Un constat d'infraction a été remis à Bombardier Transport, qui s'expose à une amende pouvant atteindre 62 000 $. L'entreprise a jusqu'au 12 avril pour décider si elle plaide coupable ou non coupable et déterminer si elle conteste l'amende.

Malgré tout, M. Laforge a précisé que les méthodes de gestion de santé et sécurité avaient été revues au sein des différentes composantes.

«Maintenant, dans notre procédure, nous indiquons quel est l'outil avec lequel vous pouvez faire des mouvements et nous indiquons aussi que vous ne pouvez pas utiliser un chariot élévateur pour être en mesure de faire ces mouvements», a-t-il expliqué.

Il ajoute que chaque site a désormais son protocole pour ce genre de manoeuvres en plus des directives générales de l'entreprise.

Les directives et recommandations de la CSST ont été transmises à l'ensemble des entreprises qui exploitent et font l'entretien de matériel roulant ferroviaire au Québec.