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25/03/2014 12:30 EDT | Actualisé 25/05/2014 05:12 EDT

Violences post-électorales au Kenya: des victimes de viols traînent l'Etat en justice

Des victimes de violences sexuelles commises lors des sanglants affrontements sur lesquels avaient débouché les élections de fin 2007 au Kenya, ont traîné mardi l'Etat kényan devant la justice pour ne les avoir pas protégés.

Six femmes et deux hommes, soutenus par des organisations de défense des droits de l'Homme, ont déposé plainte en février 2013 devant un tribunal de Nairobi contre le Bureau de l'Attorney general (chef des services juridiques de l'Etat), le Parquet, la police et les autorités sanitaires kényanes.

Les violences, déclenchées par l'annonce de la victoire contestée du président sortant Mwai Kibaki face à Raila Odinga, avaient fait un millier de morts et des centaines de milliers de déplacés. La police a été accusée de multiples violences et abus durant ces évènements.

Mardi, à l'ouverture du procès, l'avocate Patricia Nyaundi a expliqué à la Cour comment des membres des forces de sécurité avaient violé des femmes et des fillettes, particulièrement dans le bidonville de Kibera à Nairobi, théâtre de nombreux affrontements.

Des cas de sodomisation de garçons et de circoncisions forcées d'hommes ont aussi été rapportés.

"Certains de ceux qui étaient censés apporter la sécurité étaient ceux qui commettaient les crimes. Des témoins à Kibera ont raconté (...) que des policiers commettaient des viols", a déclaré Patricia Nyaundi qui a accusé les autorités kényanes de ne pas avoir pris les mesures adéquates pour protéger les victimes.

Selon Médecins pour les droits de l'Homme, une des associations soutenant la plainte, celle-ci est "basée sur la notion que la responsabilité première de protéger les citoyens et de réparer quand les droits sont violés incombent à chaque Etat souverain".

"Le gouvernement kényan porte la responsabilité légale (...) de voter des lois et de les faire appliquer, de mettre en place des mécanismes de plaintes et de soutenir les tribunaux compétents", a expliqué l'ONG dans un communiqué.

Seule quelques exécutants - mais aucun responsable - ont été jugés au Kenya pour les violences de fin 2007. Selon les défenseurs des droits de l'Homme, plus de 900 personnes ont affirmé avoir subi des violences sexuelles lors de la période post-électorale de fin 2007-début 2008.

Les président et vice-président kényans Uhuru Kenyatta et William Ruto, élus sur un ticket commun en mars 2013 alors qu'ils appartenaient aux deux camps adverses en 2007, sont accusés de crimes contre l'humanité devant la Cour pénale internationale (CPI). Le procès de M. Ruto s'est ouvert le 10 septembre, mais l'ouverture de celui de M. Kenyatta a été reporté sine die fin janvier en raison du retrait de témoins cruciaux.

rob-sas/ayv/de