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25/03/2014 12:28 EDT | Actualisé 25/05/2014 05:12 EDT

Shigeru Ban: la force des maisons de carton

Shigeru Ban est souvent parmi les premiers à arriver sur les lieux lorsqu'un désastre frappe une région du monde, afin de concevoir des logements provisoires pour les sinistrés. A 56 ans, l'architecte japonais,récompensé par le prestigieux Prix Pritzker, reste modeste.

Il y a quelques années, "j'ai fait partie du jury" de ce prix censé récompenser une carrière. "Je ne pense pas avoir encore atteint ce niveau pour le moment", confie à l'AFP l'architecte qui voit plutôt dans ce prix un "encouragement" pour son travail.

Spécialiste des structures en carton, en bambou et en matériaux humbles, Shigeru Ban est d'abord connu pour ses constructions d'abris pour les victimes de désastres naturels ou de violences politiques, pour lesquels il ne demande pas d'honoraires.

En 1994, lors de la guerre civile au Rwanda Shigeru Ban avait proposé des abris en carton ondulé au Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Il a été leur consultant jusqu'en 1999.

En 1995 il se souvient de la détresse des gens lors du tremblement de terre de Kobe au Japon : "j'étais choqué par la situation des réfugiés et j'ai voulu leur venir en aide". Il a alors conçu des abris temporaires faits de tubes de carton imperméabilisé, avec une toiture en toile de bâche.

La même année il fonde son organisation non-gouvernementale baptisée VAN (Voluntary Architects' Network). Depuis, "l'architecte du désastre" qui pense que l'architecte a un "rôle social" à jouer répond présent là où la nature frappe: Turquie, Inde, Chine, Haïti, Italie, Japon, Nouvelle-Zélande, et dernièrement les Philippines.

Il procure abris, centres communautaires, lieux spirituels aux victimes. Mais "avec une créativité et un design de haute qualité", relève le jury du Prix Pritzker.

A Christchurch, sa "cathédrale de carton", mais aussi de bois et d'acier, construite après le tremblement de terre de 2011 qui a ravagé cette ville de Nouvelle-Zélande, a la forme d'un A.

- "Son travail respire l'optimisme" -

Depuis la création de son agence d'architecture à Tokyo en 1985, Shigeru Ban a une oeuvre très diversifiée. Maisons d'habitation, immeubles, institutions.

En France, il a construit le Centre Pompidou-Metz (dans l'est) en forme de chapeau chinois, inauguré en 2010. Il travaille actuellement sur le projet de Cité musicale de l'île Seguin, près de Paris.

"Son architecture est directe et honnête. Mais elle n'est jamais ordinaire", souligne encore le jury.

Shigeru Ban travaille toujours de façon respectueuse de l'environnement mais le concept d'"architecture durable" ne "l'intéresse pas". "C'est devenu très commercial", dit-il.

Né à Tokyo en 1957, Shigeru Ban est le fils d'un cadre de Toyota et d'une mère styliste pour la haute couture. Fasciné par le travail du bois, il rêve de devenir charpentier.

Doué pour les arts et l'artisanat et passionné de rugby, l'adolescent dessine un modèle de maison qui est distingué par son école. Sa vocation d'architecte est née.

En 1977, il part étudier l'anglais en Californie et intègre le Southern California Institute of Architecture (SCI-Arc). En 1980, il entame à New York des études à la Cooper Union's School of architecture. Il a notamment pour professeur l'architecte américain John Hejduk (1929-2000) qu'il admire.

Il revient au Japon pour fonder son agence et compte désormais trois bureaux, à Tokyo, New York et Paris.

"Actuellement, je suis plus souvent à Paris qu'au Japon", dit-il.

Le jury du prix Pritzker vante son "respect pour les gens qui habitent ses constructions, que ce soient des victimes de désastres naturels ou des clients privés". "C'est un architecte infatigable dont le travail respire l'optimisme", conclut le jury.

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