NOUVELLES
11/03/2014 04:57 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Turquie: décès d'un enfant blessé lors de la fronde de l'été, incidents avec la police

Un adolescent de 15 ans, grièvement blessé par une grenade lacrymogène à Istanbul lors de la vague de contestation antigouvernementale de juin en Turquie, a succombé mardi à l'hôpital, provoquant des incidents entre policiers et manifestants.

"Nous avons perdu notre fils à 07H00 (05H00 GMT), qu'il repose en paix", a annoncé sa famille sur son compte Twitter.

Berkin Elvan est la dernière victime de la répression des manifestations de la place Gezi à Istanbul en juin 2013. Cette mort porte à sept le nombre de manifestants tués lors des événements qui ont fait plus de 8.000 blessés. Un policier a également perdu la vie.

De brefs mais violents incidents ont éclaté mardi matin entre la police et des centaines de personnes qui se sont rassemblées devant l'hôpital où l'adolescent est décédé, a constaté un photographe de l'AFP.

Quelques dizaines de manifestants ont attaqué à jets de pierres un bus de la police qui s'approchait de l'établissement et dérobé les casques et boucliers qui étaient entreposés dans ses coffres.

Des policiers déjà déployés à l'hôpital ont usé de gaz lacrymogènes pour permettre à leur collègues de se dégager. Au moins un manifestant a été blessé, a constaté le photographe de l'AFP.

Un millier de personnes restaient massées devant l'hôpital, dans un climat tendu.

S'exprimant devant la presse, la mère de la victime a mis en cause le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. "Ce n'est pas Dieu, mais le Premier ministre Erdogan qui m'a pris mon fils", a-t-elle déclaré en pleurs.

Un rassemblement et une marche à la mémoire du jeune homme sont prévus mercredi.

- Répression -

Sa famille, de confession alévie, dit avoir vu pour la dernière fois Berkin le 16 juin alors qu'il quittait leur appartement dans le quartier d'Okmeydani, à Istanbul, pour acheter du pain, alors que la police intervenait à proximité pour disperser une manifestation.

Selon des témoins, le garçon a été atteint par une grenade lacrymogène. Victime d'un traumatisme cranien, il était plongé depuis dans le coma.

Son cas a été érigé en symbole de la répression exercée par le régime de M. Erdogan contre les dizaines de milliers de manifestants qui ont occupé les rues de nombreuses grandes villes du pays pendant les trois premières semaines de juin 2013 en lui reprochant sa dérive autoritaire et sa volonté d'islamiser le pays.

Ce mouvement de contestation, inédit depuis l'arrivée au pouvoir de la majorité islamo-conservatrice qui dirige le pays depuis 2002, avait débuté par la mobilisation d'une poignée de militants écologistes hostiles à la destruction annoncée du parc Gezi, un jardin public qui surplombe la fameuse place Taksim d'Istanbul.

Leur évacuation musclée a dégénéré en une vague de manifestations sans précédent.

La répression de ces manifestations a sérieusement écorné l'image de M. Erdogan, notamment dans les capitales étrangères.

Depuis la mi-décembre, le gouvernement du Premier ministre est englué dans une affaire de corruption qui le met en difficulté, à trois semaines de élections municipales du 30 mars et avant la présidentielle prévue le 10 août.

BA-pa/ml