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11/03/2014 08:45 EDT | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

Libye: un pétrolier nord-coréen arraisonné par Tripoli échappe à son escorte

Un pétrolier battant pavillon nord-coréen arraisonné par les autorités libyennes, a échappé mardi à son escorte, avec à son bord une cargaison "illégale" achetée à des rebelles autonomistes, illustrant encore une fois l'impuissance de Tripoli face au chaos.

Lundi soir, les autorités libyennes ont assuré avoir arraisonné le bateau. Mais un porte-parole des rebelles autonomistes, Ali al-Hassi, a démenti l'information, affirmant que le navire était toujours sous leur contrôle au port d'al-Sedra, dans l'est du pays.

Le Morning Glory, arrivé samedi matin à al-Sedra, est le premier bateau a avoir reçu une cargaison des rebelles depuis que ces derniers bloquent des terminaux pétroliers pour réclamer l'autonomie de la région orientale de la Libye. Le procureur général libyen avait immédiatement ordonné l'arrestation du navire, et de son équipage.

"Le pétrolier a profité des mauvaises conditions climatiques pour se diriger vers le large. Les navires qui le cernaient n'étaient pas en mesure de le suivre", a déclaré mardi un membre du Congrès général national (CGN), la plus haute autorité politique du pays.

Abdelkader Houili, membre du comité de l'énergie au CGN, a ajouté à la chaîne al-Nabaa que des navires des forces libyennes étaient contraints de s'approcher de la côte en raison de la météo.

"Le pétrolier a alors profité d'une brèche pour prendre le large", a-t-il dit.

Un autre membre du Congrès et l'agence libyenne Lana qui cite aussi une source au Congrès, ont confirmé que le navire avait échappé à son escorte, sans préciser s'il a pu entrer dans les eaux internationales.

Contactés par l'AFP, une source gouvernementale et le porte-parole de la Compagnie nationale de pétrole, n'étaient pas en mesure de démentir ou de confirmer l'information.

Les autorités libyennes de transition ont menacé à plusieurs reprises depuis samedi de bombarder le navire s'il n'obtempère pas, mais on ignore pour le moment si une nouvelle opération militaire était envisagée.

Leur échec à arrêter le navire traduit une nouvelle fois leur faiblesse et leur incapacité à former une police et une armée professionnelles, depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

- Risque de partition -

Des hommes armés, qui faisaient partie des gardes des installations pétrolières libyennes, se sont rebellés contre les autorités de transition et bloquent des terminaux pétroliers dans l'est du pays depuis le mois juillet.

En suspendant de fait les exportations de brut, ils ont privé le pays de sa principale source de revenus, et provoqué une chute de la production à 250.000 barils par jour, contre près de 1,5 million b/j auparavant.

Un membre du comité de crise formé par les autorités a affirmé à l'AFP que le Morning Glory, d'une capacité de 350.000 barils, avait eu le temps de charger 234.000 barils.

Nouri Abou Sahmein, le président du CGN et chef des forces armées libyennes, avait annoncé lundi la création d'une force armée chargée spécifiquement de lever le blocage des sites pétroliers.

Une opération militaire devrait être lancée dans un délai d'une semaine, a précisé le porte-parole du CGN, Omar Hmidan.

Des observateurs ont formulé des craintes, estimant qu'une telle opération pourrait déclencher une guerre civile et raviver des conflits tribaux et des rivalités entre les villes et régions libyennes et qui pourraient conduire à une partition du pays.

Les autonomistes de la Cyrénaïque, partisans d'un système fédéral en Libye avaient déjà annoncé en août la formation d'un gouvernement local, d'une banque et d'une Compagnie fédérale de pétrole. Après l'échec des médiations entreprises par des tribus et des responsables locaux, le gouvernement a menacé à plusieurs reprises de recourir à la force pour libérer les sites, sans jamais passer à l'action.

Depuis la chute du régime kadhafiste, après une rébellion de huit mois, la Libye est confrontée à une forte instabilité politique, à des tendances séparatistes et à des violences incontrôlées dans un contexte de prolifération des armes, qui empêchent tout essor économique.

bur-ila/faa