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11/03/2014 11:44 EDT | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

Les syndicats reprochent à la CAQ de chercher à les museler en imitant Harper

MONTRÉAL - Sans surprise, les milieux syndicaux rejettent unanimement les propositions de la Coalition avenir Québec visant l'établissement de nouvelles règles pour encadrer leurs activités, n'y voyant rien d'autre qu'une tentative de museler les syndicats et de les empêcher de participer à la vie démocratique.

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, se dit particulièrement exaspéré d'entendre la référence aux travaux de la Commission Charbonneau pour justifier de telles propositions.

«Le problème avec la Commission Charbonneau, c'est qu'on voit cela comme si c'était la FTQ d'aujourd'hui, comme si ces choses s'étaient passées hier. Ça s'est passé il y a déjà un petit bout de temps et nous avons apporté les correctifs nécessaires», dit-il.

Du côté de la CSN, son président Jacques Létourneau qualifie l'approche caquiste d'«antisyndicalisme primaire» et dit croire que son chef «est désespéré en s'attaquant à ce qui fait consensus au Québec et en prenant appui sur la frange la plus conservatrice de l'électorat pour vouloir diminuer le rapport de force des travailleuses et des travailleurs syndiqués face aux patrons».

Daniel Boyer, pour sa part, s'insurge particulièrement contre la proposition du chef caquiste, François Legault, d'empêcher les syndicats d'utiliser les cotisations à d'autres fins que la représentation syndicale, ce qui les priverait, par exemple, de noliser des autocars pour manifester aux côtés des étudiants ou d'organiser des protestations contre la réforme de l'assurance-emploi du gouvernement Harper.

«C'est une position de la FTQ depuis 50 ans que l'éducation devrait être gratuite même à l'université. Quand les étudiants revendiquent un gel des frais de scolarité, il faudrait rester muets? Nous allons dans la rue pour porter les revendications que nos membres ont appuyées en congrès», rappelle-t-il pour expliquer que de telles dépenses ne représentent donc en rien un usage abusif de leurs cotisations.

M. Boyer soutient que les centrales syndicales ont toujours participé activement aux grands débats qui façonnent la société québécoise et que la CAQ ne cherche qu'à les exclure ainsi du débat social.

«Nous avons fait avancer le Québec dans les 30, 40, 50 dernières années. C'est grâce aux pressions du mouvement syndical si le Québec est ce qu'il est aujourd'hui et là on veut nous faire fermer la boîte, affirme le syndicaliste. On dérange et il veut nous empêcher de déranger. Désolé, mais on va continuer à déranger.»

Quant à l'imposition du vote secret pour les demandes d'accréditation syndicale, la CSN rappelle que le processus de syndicalisation est complexe et doit se faire «dans la clandestinité, en raison des tactiques d'intimidation auxquelles recourent à outrance les patrons», prenant pour exemple les tentatives de syndicalisation de Walmart, McDonald's et Couche-Tard. «Une période de vote servirait aux patrons à disposer d'un plus grand laps de temps pour exercer des pressions indues, menacer de fermer et empêcher leurs salariés de se donner un syndicat dans les règles démocratiques convenues», fait valoir M. Létourneau.

De son côté, Daniel Boyer estime particulièrement odieux de la part de M. Legault de vouloir ajouter une entrave additionnelle à la syndicalisation en la camouflant derrière une apparence de vertu.

«M. Legault se sert de l'argument de la sacro-sainte démocratie pour dire que les gens vont choisir librement. Mais c'est faux. Le droit de se syndiquer est déjà prévu dans le code du travail, mais c'est très difficile de se syndiquer», dit-il.

Enfin, la proposition de la CAQ d'obliger le dévoilement des états financiers des syndicats n'apporterait rien de neuf, selon M. Boyer, qui souligne que ces états financiers sont accessibles d'office à plus de 600 000 membres de la centrale et qu'ils ont aussi déjà été remis sur demande à des médias.

Pour sa part, le président de la CSN fait valoir que les états financiers de la centrale sont déjà publics. «François Legault propose-t-il la même chose pour les associations patronales et aussi les grandes corporations qui disposent de moyens colossaux pour faire valoir leurs stricts intérêts d'affaires?» demande M. Létourneau.

Le président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Richard Perron, dont les états financiers sont aussi publics, abonde dans le même sens: «M. Legault devrait demander aux organisations patronales d'être transparentes avant de s'en prendre aux organisations syndicales qui le sont déjà».