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11/03/2014 01:41 EDT | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

Le décès d'un jeune blessé par la police ravive la contestation en Turquie

La mort d'un adolescent de 15 ans, grièvement blessé par la police lors de la fronde antigouvernementale de juin dernier, a ravivé la contestation mardi en Turquie où des incidents entre manifestants et policiers ont éclaté à Istanbul et Ankara.

A moins de trois semaines d'un scrutin municipal sous haute tension, des dizaines de manifestations spontanées hostiles au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ont agité les rues de nombreuses grandes villes du pays pour dénoncer le décès de Berkin Elvan, érigé en symbole de la répression policière.

L'agitation a débuté tôt dans la matinée dès l'annonce du décès de l'adolescent, après 269 jours de coma. "Nous avons perdu notre fils à 07h00 (05h00 GMT), qu'il repose en paix", a écrit sa famille sur son compte Twitter.

De brefs mais violents incidents ont rapidement éclaté devant l'hôpital d'Istanbul, où des centaines de personnes étaient rassemblées pour rendre hommage à Berkin Elvan.

Des dizaines de manifestants ont attaqué un bus de la police, à jets de pierres notamment, contraignant les forces de l'ordre à user de gaz lacrymogènes pour se dégager, selon un photographe de l'AFP.

Devant la presse, la mère de Berkin Elvan a mis en cause M. Erdogan. "Ce n'est pas Dieu mais le Premier ministre Erdogan qui m'a pris mon fils", a-t-elle déclaré en pleurs.

D'autres affrontements ont opposé dans l'après-midi la police à près de deux mille étudiants de l'université technique du Moyen-Orient (ÖDTU) d'Ankara, un foyer de l'opposition. Les forces de l'ordre ont fait usage de canons à eau pour déloger les manifestants qui ont bloqué une artère.

Scènes similaires dans la soirée aux abords de la place centrale de Kizilay de la capitale où plusieurs centaines de manifestants ont bravé la police anti-émeutes déployés en nombre. Plusieurs manifestants ont été blessée, ont indiqué des témoins à l'AFP.

Et aux même moments sur la grande piétonne d'Istanbul, Istiklal, la police a également utilisé ses canons à eau pour disperser un groupe de manifestants.

Tout au long de la journée, des milliers de personnes, pour l'essentiel des lycéens et des étudiants, ont organisé des rassemblements ou des sit-in à Istanbul, Ankara, Izmir (ouest), Eskisehir (ouest) ou Antalya (sud) autour de photos de la victime et d'un même slogan repris en boucle sur les réseaux sociaux: "Berkin reste immortel".

Partout, la foule y a scandé des slogans hostiles au chef du gouvernement, comme "Erdogan, tueur" ou "tous ensemble contre le fascisme".

- "Consternation" -

Dans l'après-midi, des centaines de personnes se sont pressées dans le quartier stambouliote d'Okmeydani, où réside la famille de la victime, de confession alévie (une minorité musulmane).

La mort de Berkin porte à sept le nombre de manifestants tués lors de la fronde qui a fait vaciller le régime islamo-conservateur à la mi-2013. Un policier avait aussi perdu la vie pendant ces événements qui ont fait plus de 8.000 blessés.

Le chef de l'Etat, Abdullah Gül, a exprimé sa "consternation" et présenté ses condoléances à sa famille. Il a aussi appelé "chacun à tout faire pour éviter que cela se reproduise".

L'ONG Human Rights Watch a dénoncé mardi le "problème endémique" de la violence policière en Turquie et exigé une enquête "pour déterminer qui a tiré sur Berkin".

Sa famille dit l'avoir vu pour la dernière fois le 16 juin alors qu'il sortait de leur modeste appartement pour acheter du pain.

Selon des témoins, le garçon a été atteint par une grenade lacrymogène en pleine tête tirée par la police qui intervenait dans le quartier, en pleine vague de contestation contre le Premier ministre et sa "dérive autoritaire".

Ce mouvement, inédit depuis l'arrivée au pouvoir de la majorité islamo-conservatrice qui dirige le pays depuis 2002, avait agité pendant trois semaines la Turquie. Sa violente répression a écorné l'image de M. Erdogan.

Depuis la mi-décembre, M. Erdogan est en outre englué dans une affaire de corruption qui le met en difficulté, à trois semaines des élections municipales du 30 mars et avant la présidentielle prévue le 10 août.

Les obsèques de Berkin Elvan sont prévues mercredi à la mi-journée après une cérémonie religieuse dans un Cemevi, lieu de culte des alévis, qui sera suivie d'une marche.

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