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11/03/2014 07:57 EDT | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

La Crimée tentera de devenir un État indépendant à l'issue d'un référendum

KYIV, Ukraine - Le parlement de la Crimée a voté mardi en faveur d'une déclaration pavant la voie à l'indépendance de la péninsule de la mer Noire.

Le document précise que la Crimée va devenir un État séparé de l'Ukraine si ses habitants votent dimanche en faveur de l'adhésion à la Russie lors d'un référendum.

Les pays occidentaux ont déjà prévenu qu'ils ne reconnaissent pas la légitimité du vote. Toutefois, une décision de la Crimée de se proclamer indépendante, plutôt que de rechercher un regroupement immédiat avec la Russie, pourrait alléger quelque peu la crise.

La décision du Parlement criméen «envoie un message à l'Occident qu'on n'envisage pas de voir la Russie incorporer la Crimée, a dit le politologue ukrainien Vadim Karasyov. C'est un calmant pour tout le monde — pour l'Occident et pour plusieurs qui paniquent en Ukraine.»

M. Karasyov a ajouté que la Crimée pourrait exister en tant qu'État «quasi-légitime», pendant que l'Occident et la Russie négocient.

La Russie envoie aussi des signes d'apaisement. Le vice-président de la chambre basse du Parlement russe, Sergeï Zhelenzïak, a ainsi refusé d'autoriser le développement d'une nouvelle loi pour faciliter l'accession de la Crimée à la Russie, sans justifier sa décision.

Pour sa part, un journaliste très proche du Kremlin — l'éditeur du quotidien Nezavisimaya Gazeta, Konstantin Remchukov — a prévenu sur les ondes d'Echo Radio que l'annexion de la Crimée provoquerait des sanctions occidentales qui feraient très mal à l'économie russe.

M. Remchukov, qui évite habituellement de critiquer le régime de Vladimir Poutine, a dit croire que la Russie pourrait négocier une entente protégeant les droits de russophones et garantissant la présence de la flotte russe de la mer Noire en Crimée. Il a ajouté que Moscou pourrait offrir des concessions dans les dossiers syrien et iranien en échange de la promesse de l'Occident de respecter les intérêts russes en Ukraine.

Pendant ce temps, le président par intérim de l'Ukraine, Olexandre Tourtchinov, a appelé mardi à la formation d'une garde nationale et à la mobilisation des réserves et des bénévoles dans les forces armées du pays.

Il a expliqué que le Parlement a approuvé la transformation des hommes du ministère de l'Intérieur en Garde nationale «pour protéger le pays et ses citoyens contre tous les criminels, contre toute agression externe ou interne».

M. Tourtchinov a ajouté que la mobilisation touchera tous ceux qui ont déjà servi dans l'armée ou comme bénévoles.

Les forces russes ont renforcé leur contrôle sur la région de la Crimée dans la perspective du référendum de dimanche. Le ministre ukrainien intérimaire de la Défense affirme que Moscou a déployé 220 000 hommes, 800 chars, 400 hélicoptères, 150 avions et 60 navires en Crimée ou dans la région.

Le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk se rendra quant à lui à Washington pour rencontrer Barack Obama mercredi. Il a appelé les pays occidentaux à défendre l'Ukraine contre une nation qui, affirme-t-il, «est armée jusqu'aux dents et possède des armes nucléaires».

M. Iatseniouk a demandé à la Russie, aux États-Unis et à l'Union européenne de respecter un traité signé en 1994, dans lequel ils s'engageaient à assurer la sécurité de l'Ukraine si le pays renonçait à son arsenal nucléaire soviétique.

«Nous ne demandons rien à personne, a-t-il déclaré au Parlement. Nous demandons une seule chose: notre pays a été victime d'une agression militaire. Ceux qui avaient garanti que cette agression ne se produirait pas doivent d'un côté retirer leurs troupes et de l'autre défendre notre État indépendant et souverain.»

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a annoncé l'envoi d'observateurs dans certaines des régions les plus tendues d'Ukraine, après que ses émissaires aient été refoulés à la frontière avec la Crimée.

L'organisation a expliqué mardi que le mandat de ses observateurs couvre maintenant l'est de l'Ukraine, et non plus seulement la Crimée.

L'Ukraine aurait demandé l'intervention de l'OSCE dans l'est du pays, par crainte d'une intervention militaire russe dans ces régions russophiles.

Pendant ce temps, le président de l'Ukraine en fuite, Viktor Ianoukovitch, a accusé le nouveau gouvernement du pays de fomenter la guerre civile.

M. Ianoukovitch, qui a fui le mois dernier après des mois de manifestations, a déclaré qu'il serait bientôt de retour en Ukraine.