BIEN-ÊTRE
11/03/2014 12:08 EDT | Actualisé 28/08/2015 11:44 EDT

Êtes-vous assis sur des produits toxiques en lisant cet article?

Compassionate Eye Foundation/Rob Daly/OJO Images Ltd via Getty Images

Vos meubles contiennent peut-être des produits nocifs qui servent à retarder l'apparition de flammes lors d'un incendie, sans que vous puissiez le savoir grâce à l'étiquette. 

Un texte de François Dallaire, La facture

Lorsque le Montréalais Éric Dawalibi a déballé son nouveau sofa, il a découvert une étiquette l'informant que le meuble contenait un retardateur de flammes, le TDCPP, et que ce produit causait le cancer, selon l'État de la Californie.

Éric Dawalibi a alors communiqué avec le fabricant, avec le vendeur et avec Santé Canada.

Santé Canada lui a répondu que le TDCPP était ajouté dans les matériaux de rembourrage afin d'améliorer la résistance au feu. Le ministère s'est voulu rassurant.

Des particules absorbées par l'être humain

M. Dawalibi n'était pourtant pas tranquillisé, et avec raison, si on en croit Jonathan Verreault, biologiste et expert en retardateurs de flammes. Le spécialiste explique que ces produits finissent par s'échapper des meubles avec le temps et l'usure : « Par le fait même, ils se retrouvent dans l'environnement immédiat, dans nos maisons. » 

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Ces particules retombent alors sous forme de poussières que nous ingérons par les voies respiratoires, la bouche et les pores de la peau.

Le biologiste est choqué de voir qu'on utilise encore aujourd'hui le TDCPP, un organophosphate chloré reconnu depuis des décennies comme étant toxique. D'ailleurs, en 1977, l'industrie a retiré le TDCPP de certains vêtements pour enfants.

Le fabricant, Couture International, a répondu à Éric Dawalibi qu'il ne devait pas s'inquiéter, que c'était une erreur d'étiquetage et qu'il n'y avait pas de retardateurs de flammes dans son sofa. C'est aussi ce que le président de la compagnie nous a répété.

La maison de M. Dawalibi passée au crible

Éric n'était pas convaincu. Pour dissiper tout doute, nous avons invité un expert en détection de métaux et de produits chimiques, Dominique Huot, conseiller technique et représentant de la firme Innov-X. À l'aide de son appareil, il a cherché les éléments de brome, de phosphore et de chlore. Nous en avons profité pour examiner tous ses meubles ainsi que ceux d'une famille qui compte un enfant. Regardez l'analyse de notre expert dans la maison.

Pour regarder la vidéo sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Des produits toxiques dans le matelas du bébé

Nous avons découvert que le sofa d'Éric contenait du chlore et du phosphore, deux éléments qui composent les retardateurs de flammes chlorés, tels que le TDCPP. Nous en avons aussi trouvé dans le matelas de la table à langer et dans le matelas sur lequel le bébé dort.

À l'aide du numéro de série, nous avons appris que le sofa était fabriqué en Chine, tout comme tous les meubles de Couture International. Nous avons appris que le sous-traitant ajoutait depuis un an un retardateur de flammes dans tous les sofas de l'entreprise.

Ce retardateur de flammes n'est même pas celui qui était indiqué sur l'étiquette. C'est du TCPP, un produit « potentiellement cancérigène », interdit dans certains États américains.

Au Canada, l'affichage des retardateurs de flammes n'est pas obligatoire. C'est à la discrétion de l'entreprise. Marc Olivier, professeur et chimiste, dénonce cette absence de réglementation. Il croit que l'étiquette devrait indiquer le type de retardateur de flammes. Ainsi, les consommateurs sauraient au moins de quel produit il s'agit.

Le brome et les retards d'apprentissage

Les produits chlorés et phosphatés font partie d'une famille beaucoup plus large de retardateurs de flammes. On y trouve notamment des produits à base de brome, les PDBE. Ils sont plus redoutables encore que les TDCPP, car on les soupçonne de toucher le système hormonal, la glande thyroïde. Pierre Ayotte, toxicologue à l'Institut national de santé publique, explique qu'il y a pire encore.

Le Canada interdit depuis 2008 la fabrication de composés à base de PDBE. Mais cette interdiction ne s'applique pas aux produits manufacturés à l'extérieur du pays et importés au Canada.

En Europe, il est interdit de vendre des appareils électroniques et électriques qui contiennent plus de 0,01 % de brome, peu importe leur provenance. Le Canada a dans ses cartons une proposition de réglementation similaire.

Des concentrations dans l'environnement et chez l'humain

Pour les scientifiques, il est urgent d'intervenir, car on a découvert que les PDBE se propagent aussi dans l'environnement. On en retrouve des concentrations élevées dans le fleuve Saint-Laurent.

Ces molécules sont persistantes et bioaccumulables, c'est-à-dire qu'elles s'éliminent difficilement une fois qu'elles sont absorbées. Des études ont démontré que la faune aquatique en est atteinte. Chez l'humain, il y en a même dans le lait maternel. On trouve les plus fortes concentrations chez les enfants.

Nous avons proposé à Éric Dawalibi de vérifier si son sang contient ou non des retardateurs de flammes. Nous avons découvert que son sang contenait deux types de PDBE, pourtant bannis du Canada depuis 2008.