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11/03/2014 07:41 EDT | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

Crise ukrainienne: Varsovie et les Baltes veulent Berlin plus ferme face à Moscou

La Pologne et les pays baltes, partisans dans la crise ukrainienne de la fermeté de l'UE à l'égard de Moscou, s'inquiètent des objections de pays tels que l'Allemagne, soucieuse de préserver ses intérêts, notamment énergétiques, face à la Russie.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk, qui doit accueillir mercredi à Varsovie la chancelière allemande Angela Merkel, a affirmé que la dépendance de l'Allemagne au gaz russe constituait "une menace pour la souveraineté de l'Europe". Il a prévenu lundi qu'il allait en parler "très ouvertement" à Mme Merkel.

"Je formulerai sans équivoque nos opinions au sujet des menaces politiques liées à la dépendance au gaz et à l'argent russes. Ceci, bien sûr, ne concerne pas que l'Allemagne, mais l'Allemagne constitue un fort exemple de ce phénomène, ces dernières années", a déclaré M. Tusk.

Réagissant à ces propos, Michael Fuchs, député du parti CDU de Mme Merkel et vice-président du groupe parlementaire conservateur au Bundestag, a donné raison au chef du gouvernement polonais.

"On ne peut pas se rendre dépendant d'un seul client ou d'un seul fournisseur, cela vaut pour les entreprises comme pour les Etats", a-t-il dit.

"A l'échelle de l'UE, on ne peut pas dire que l'Allemagne soit si dépendante que ça de la Russie. Elle l'est beaucoup moins que certains pays d'Europe de l'Est, et c'est justement elle qui les aide à réduire leur dépendance", a toutefois déclaré à l'AFP Jan Vosswinkel, spécialiste allemand des questions énergétiques.

"L'Allemagne est en fait moins dépendante de ses importations de gaz russe que la Russie ne l'est de ses exportations", a expliqué pour sa part à l'AFP le politologue Slawomir Debski, directeur d'un centre de dialogue polono-russe.

La chancelière Angela Merkel s'est impliquée depuis le début de la crise ukrainienne, mais doit composer avec les puissants intérêts économiques allemands qui rejettent toute idée de sanctions contre Moscou.

"L'Allemagne est le principal frein à une ligne plus dure vis-à-vis de la Russie", estime Stefan Meister, expert à l'antenne berlinoise du Conseil européen des relations extérieures, un groupe de réflexion.

Berlin plaide imperturbablement pour le dialogue et garde ses distances avec la ligne dure des Etats-Unis, qui ont notamment suspendu leur coopération militaire avec la Russie, ordonné des restrictions de visas pour nombre de responsables et autorisé le gel de leurs avoirs.

La présidente lituanienne Dalia Grybauskaite n'a pas mâché ses mots la semaine dernière à Bruxelles, en affirmant que la Russie essayait de "réécrire les frontières de la Seconde guerre mondiale" en Ukraine, et que l'Europe n'était "toujours pas capable de comprendre ce qui arrive".

Pour rassurer les pays baltes, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier s'est rendu mardi à Tallinn, Riga et Vilnius.

"Je suis ici pour dire que les pays baltes ne seront pas abandonnés. C'est un problème commun pour l'Otan et l'UE", a-t-il déclaré à Tallinn.

L'Otan a annoncé lundi l'envoi d'avions-radars Awacs pour effectuer des missions de reconnaissance au dessus de la Pologne et de la Roumanie, dans le cadre de "la surveillance" de la crise en Ukraine. Auparavant, les Etats-Unis avaient annoncé l'envoi en Lituanie de quatre appareils F-15, et de 12 avions de chasse F-16 en Pologne.

M. Steinmeier a averti mardi que l'UE prendrait des mesures contre la Russie si Moscou ne changeait pas ses positions sur la Crimée et l'Ukraine "d'ici la fin de la semaine".

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a également brandi mardi à Paris la menace de nouvelles sanctions, peut-être "dès cette semaine", contre la Russie si elle ne répond pas aux propositions occidentales de "désescalade" en Ukraine.

Ces sanctions "consisteront en des gels d'avoirs personnels à l'égard de Russes ou d'Ukrainiens et à des sanctions sur les déplacements, en matière de visas", a détaillé M. Fabius.

Selon M. Debski, "sans un signal clair disant à la Russie que son occupation du territoire d'un pays membre de l'ONU, de l'OSCE et du Conseil de l'Europe est inadmissible, le prix à payer risque de se révéler beaucoup plus élevé que celui des sanctions".

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