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11/03/2014 05:20 EDT | Actualisé 11/05/2014 05:12 EDT

Crise en Ukraine: dialogue de sourds entre Russes et Occidentaux, Ianoukovitch réapparaît

Le dialogue de sourds entre Russes et Américains continuait mardi dans la crise ukrainienne où la Crimée avance à grands pas vers la sécession, à quelques heures d'une nouvelle apparition en Russie du président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch.

L'ancien chef d'Etat, parti en secret au plus fort de la répression du mouvement de contestation de Maïdan, à Kiev, se fait discret et n'est apparu qu'une fois, le 28 février, lors d'une conférence de presse à Rostov-sur-le-Don, tout près de la frontière avec l'Ukraine.

M. Ianoukovitch avait refusé de reconnaître sa destitution. Il doit s'exprimer à 13H00 (09H00 GMT), une nouvelle fois depuis Rostov-sur-le-Don.

Sa réapparition intervient alors que les autorités séparatistes de la Crimée, occupée depuis fin février par des forces russes, progressent minutieusement dans leurs plans pour un rapprochement avec Moscou.

- Contrôle total de la Crimée -

Les forces russes contrôlent désormais les points stratégiques de la péninsule ukrainienne, le "Premier ministre" Serguiï Axionov s'est autoproclamé "chef des armées" et les 2 millions de Criméens, majoritairement russophones, ont vu les chaînes russes remplacer les chaînes ukrainiennes sur leur poste de télévision. La radio militaire ukrainienne a également cessé d'émettre, des cosaques en treillis et vestes fourrées fouillent tout voyageur arrivant à Simféropol en provenance du Nord.

A la veille d'un déplacement à Washington du Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk qui va chercher l'aide de Barack Obama à cinq jours d'un référendum pour le rattachement de la Crimée à la Russie qui amputerait de facto l'Ukraine d'une partie de son territoire pour la première fois depuis son indépendance en 1991, l'incompréhension est totale entre Russes et Occidentaux.

Le dialogue de sourds qui a succédé à l'intense activité diplomatique de la semaine dernière ne laisse pas présager d'une possible sortie de course.

Washington accuse Moscou de ne pas tenir compte des propositions sur la table pour sortir de la crise. Pour sa part, le Kremlin a lancé sa contre-offensive diplomatique avec une offre dont les détails n'ont pas été révélés.

Dans les propositions occidentales, "tout était formulé dans le sens d'un prétendu conflit entre la Russie et l'Ukraine", a déclaré M. Lavrov, insistant sur le fait que les nouvelles autorités ukrainiennes étaient issues d'un "coup d'Etat"

Signe de l'extrême tension entre Russes et Américains, le chef de la diplomatie amaéricaine John Kerry a de facto exclu de rencontrer son homologue Sergueï Lavrov tant qu'il ne serait pas d'accord sur le contenu des discussions.

M. Kerry "a clairement dit qu'il accepterait des discussions centrées sur la désescalade de la crise en Ukraine si et seulement si nous voyons des preuves concrètes que la Russie est prête à parler de ces propositions", a déclaré le Département d'Etat.

Sergueï Lavrov a déploré que son homologue américain ait décliné son invitation à se rendre à Moscou. "Nous avons proposé qu'il vienne aujourd'hui, je crois, et nous étions disposés à le recevoir. Il avait donné son accord préliminaire. Puis, il m'a rappelé samedi et a dit qu'il souhaitait repousser" la visite, a accusé le chef de la diplomatie russe.

- Awacs en Pologne et Roumanie -

Dans ce contexte tendu, le ministre ukrainien de la Défense Igor Tenioukh a indiqué qu'en conformité avec les instructions du président par intérim Olexandre Tourtchinov, les unités en état d'alerte "avaient rejoint les terrains militaires pour participer aux manoeuvres". "Les gens sont prêts à défendre leur Etat", a-t-il ajouté.

Et l'Otan a annoncé l'envoi d'avions-radars Awacs pour des missions de reconnaissance au-dessus de la Pologne et de la Roumanie, dans le cadre de la crise en Ukraine voisine.

- Renforcement militaire russe -

Agissant comme si elles avaient déjà été reconnues par la communauté internationale, les autorités séparatistes de Crimée ont invité pour le référendum les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Mais seul un Etat membre peut faire une demande, a rappelé l'OSCE.

Les forces russes consolident jour après jour leur position en Crimée. Des hommes armés ont notamment coupé le courant de l'état-major de la marine ukrainienne à Sébastopol, qu'ils encerclent depuis plusieurs jours, selon les militaires ukrainiens.

Washington veut "que la Russie stoppe ses avancées militaires" et souhaite "l'arrêt d'une marche vers l'annexion de la Crimée et des actes de provocation", a affirmé la porte-parole du département d'Etat, Jennifer Psaki.

Le Premier ministre britannique David Cameron, qui avait appelé dimanche M. Poutine pour l'exhorter à réduire la tension en Ukraine, a estimé que "la crise en Crimée était un test pour l'Europe", dans un entretien au quotidien allemand Bild à paraître mardi.

"Oui, nous sommes du côté du peuple ukrainien et de leur droit à décider de leur avenir. Et non, nous n'acceptons pas que la Russie bafoue la souveraineté de l'Ukraine et la piétine. Nous sommes unis, ensemble, pour les droits de l'Ukraine ! Et nous allons imposer de dures sanctions si Moscou ne change pas de cap", a affirmé M. Cameron.

La France pour sa part a brandi la menace de nouvelles sanctions, peut-être "dès cette semaine", contre la Russie si elle ne répond pas aux propositions occidentales de "désescalade" en Ukraine.

A New York, les membres occidentaux du Conseil de sécurité ont cherché en vain à accroître la pression sur la Russie à l'approche du référendum mais Moscou est resté inflexible, ont indiqué des diplomates. Il s'agissait de leur cinquième réunion à huis clos sur la crise ukrainienne depuis dix jours.

Sur le plan économique, la Banque mondiale (BM) a indiqué être prête à apporter "jusqu'à 3 milliards de dollars" d'aide à l'Ukraine cette année pour lui permettre de faire face à ses graves difficultés financières.

Investies fin février après la destitution du président Viktor Ianoukovitch, les nouvelles autorités de Kiev ont déjà demandé l'assistance financière du Fonds monétaire international, dont elles attendent "au moins" 15 milliards de dollars, après avoir affirmé que les caisses de l'Etat "étaient vides".

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