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11/03/2014 01:46 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Chine: la filière de la volaille menacée par la résurgence meurtrière du virus H7N9

Face à la résurgence de la grippe aviaire H7N9 en Chine, où elle a tué depuis janvier plus qu'en 2013, les marchands de volailles de Hangzhou, mis au chômage forcé, s'inquiètent pour l'avenir de la filière.

Dans cette métropole de l'est du pays, épicentre de la nouvelle vague de contagion, la municipalité a pris une mesure radicale: interdiction définitive de tout commerce des volailles vivantes en zone urbaine.

Depuis, les vendeurs du marché Chengbei passent leurs journées à jouer aux cartes, à compter leurs pertes et à nettoyer leurs cages qui, il y a quelques mois encore, abritaient des milliers de volatiles.

Entre des piles de cartons contenant des oeufs de couleur ambrée, Li Guiying, patronne de la firme de volailles Xuancheng Shandi, se désole: "Les poules pondent tous les jours, et je ne peux pas vendre les oeufs. Nous perdons de l'argent".

Après un pic début 2013 suivi d'une longue accalmie estivale, les cas de contamination de grippe aviaire se sont à nouveau multipliés dans les fermes et marchés durant l'automne, avant d'exploser à l'arrivée de l'hiver.

Au total, 226 personnes ont été infectées en Chine par le virus H7N9 sur les deux premiers mois de l'année, et 72 en sont mortes, selon les chiffres officiels.

En deux mois seulement, on a donc dépassé de loin le bilan de l'an dernier, avec 144 cas d'infection et 46 décès enregistrés pour l'ensemble de 2013.

Pékin a réagi par la manière forte, en ordonnant la fermeture de marchés pour éliminer les foyers d'infection --quitte à provoquer la colère de la filière avicole et à ignorer une tradition très ancrée d'achats de gallinacés vivants.

Les experts saluent certes la détermination du gouvernement, qui contraste nettement avec la gestion opaque de la crise du SRAS en 2003, durant laquelle les autorités avaient tenté de dissimuler l'ampleur de l'épidémie.

Mais ils préviennent aussi qu'il faut désormais promouvoir sur le long terme un changement des modes de consommation, et convaincre la population d'acheter de préférence des viandes congelées.

"Fermer les marchés est important, mais les autorités doivent envisager bien d'autres mesures avec un impact sur la vie quotidienne", a indiqué le responsable régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Shin Young-soo.

-'Personne ne demande leur avis aux poulets'-

Au marché de Chengbei, les marchands de volailles fustigent cependant une fermeture arbitraire "sans fondement scientifique".

"Personne ne demande leur avis aux poulets, ni aux canards. On ne sait pas précisément d'où vient la grippe aviaire: des poulets, des canards ? d'autres volatiles?", s'interroge Mme Li.

La Fédération nationale chinoise de la filière volaille estime que le secteur a perdu l'équivalent de plus de 3 milliards de dollars depuis le début de l'année --des pertes qui s'ajoutent à celles de l'an dernier, lorsque les autorités, déjà, avaient fermé des marchés et que les consommateurs affolés avaient réduit leurs achats.

"Au sein de la filière, nous disons que c'est un choc dévastateur, la pire des calamités. Nous sommes dos au mur, et on réalise encore mal la gravité de la situation", affirme la secrétaire général de l'association, Gong Guifen.

Selon elle, "vendre des poulets congelés ressemble à une mesure d'urgence, mais on ne peut pas imposer un changement aussi radical du jour au lendemain aux consommateurs ni aux acteurs du secteur".

Les experts redoutent plus que tout une mutation de la souche virale qui favoriserait des contaminations d'homme à homme dans ce pays densément peuplé. Aucune transmission "systématique" de ce type n'a été prouvée jusqu'à présent, malgré plusieurs cas répertoriés parmi les membres de mêmes familles.

Et le H7N9, à la différence de la grippe aviaire H5N1 qui avait frappé la Chine il y a quelques années, est plus difficile à détecter, car il ne tue pas les volatiles qui, contaminés, "ne sont pas véritablement malades" mais transmettent le virus, explique Shin Young-soo.

La récente multiplication des cas "est largement due" à la vague de froid hivernale, qui favorise la survie du virus et fragilise le système respiratoire humain, tempère de son côté Bernhard Schwartlander, représentant de l'OMS en Chine.

"Mais la question cruciale, c'est de savoir si le virus va disparaître une fois l'hiver passé, ou bien s'il va s'installer", avertit-il.

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