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11/03/2014 04:51 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Barrages et contrôles en Crimée: l'ennemi vient du Nord

Pour eux, la menace vient du Nord. Sur les quais de la gare de Simféropol et sur les routes de Crimée ils sont des centaines, matraque à la ceinture et regards suspicieux, à fouiller voitures et passagers à la recherche d'armes ou de propagande pro-européenne.

Mélange hétéroclite de policiers ralliés aux autorités pro-russes de la péninsule, de civils portant le brassard rouge des "partisans de la Crimée" ou de cosaques en treillis et vestes fourrées, ils sont persuadés que les activistes de Maïdan ou les groupes ukrainiens d'extrême-droite se préparent à déferler sur "leur terre russe" et que leur mission est de les en empêcher.

Lundi matin ils sont plusieurs dizaines, emmitouflés contre la bise glacée, à attendre sur les quais de la gare de la capitale de Crimée l'arrivée des trains de nuit venus des provinces septentrionales. "Nous ne contrôlons que ceux qui viennent du Nord et de l'Ouest" explique Viktor (il n'accepte de donner que son prénom), 50 ans, fier de montrer sur son épaule l'écusson des "Cosaques de Simféropol".

"Ce qui nous intéresse ce sont surtout les groupes de jeunes, en particulier ceux qui ont de gros sacs qui pourraient cacher des armes", dit-il. "Moi je n'ai jamais rien trouvé mais on me dit qu'hier ils ont confisqué un pistolet. Ces nazis de Pravy Sektor (mouvement nationaliste ukrainien) sont très dangereux. Ils disent vouloir pendre les Russes !"

09H40: le train-couchettes en provenance de Kiev s'immobilise en grinçant sur le quai numéro trois. Les hommes de Viktor se déploient en éventail près de l'escalier menant aux tunnels. Leur cible: les jeunes hommes, surtout s'ils sont plus de deux, les sacs de sport paraissant lourds. Femmes et personnes âgées, même avec de grosses valises, n'attirent pas un regard.

Les civils portant brassards n'ont en principe pas le droit de demander les passeports mais ne s'en privent pas. Un homme de grande taille refuse dans une colère froide de sortir le sien; ne s'exécute que quand un policier en tenue, écusson ukrainien sur sa veste, le lui demande.

Dimitri, jeune homme aux lunettes d'étudiant et à la casquette Michael Jordan, a ouvert pendant quelques secondes le sac qu'il portait en bandoulière. "Ça va, il n'y a rien de dramatique", dit-il. "Tout est calme, ce n'est pas très grave".

Igor, homme plus âgé en chapeau de feutre, est plutôt d'accord. "Il faut défendre sa terre, son peuple et éviter les provocations", dit-il.

- Le cadeau de Khrouchtchev -

Quatre jeunes gens s'exécutent à leur tour. La fouille est sommaire, rapide. Un second barrage d'hommes aux brassards rouges les attend en haut des escaliers, à la sortie du tunnel menant aux voies. En tout, une centaine d'hommes surveillaient la gare lundi matin. Tous les trains de nuit sont arrivés, mission accomplie. Ils repartent vers leur base et d'autres missions en ville.

"Ce cadeau de la Crimée à l'Ukraine" (décidé en 1954 par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev) "c'était vraiment n'importe quoi", commente Viktor en souriant. "Pourquoi pas à la Chine ? On a toujours été Russes ici, on retourne en Russie, c'est tout".

Les routes de Crimée ont aussi, depuis une dizaine de jours, été placées sous la garde d'hommes plus ou moins armés, plus ou moins identifiables, toujours nerveux et surmontés des trois couleurs du drapeau russe. Les deux seules routes reliant, par des isthmes étroits, la péninsule au reste de l'Ukraine sont particulièrement surveillées. C'est là qu'à trois reprises les observateurs militaires de l'OSCE qui tentaient d'entrer en Crimée ont été refoulés, une fois par des tirs de semonce en l'air.

Sur tous les grands axes de Crimée, à l'entrée des grandes villes, des plots de béton ont été installés pour former des chicanes et ralentir les automobilistes. Près de Sébastopol des postes de tir ont été montés avec des sacs de sable derrière lesquels personne ne s'abrite. Des civils cagoulés ou des cosaques (russes ou de Crimée) en treillis et toque d'astrakan arrêtent les véhicules venant du Nord, inspectent le contenu des coffres, vérifient les papiers.

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