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11/03/2014 01:45 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Antonio, victime du 11 mars 2004, fuira les commémorations "au cinéma"

Toujours profondément traumatisé, Antonio Gomez Gonzalez, blessé lors des attentats du 11 mars 2004 à Madrid, ne peut pas supporter les commémorations et a prévu, pour l'anniversaire des dix ans de la tragédie, "d'aller au cinéma ou de regarder Disney Channel".

"Les anniversaires me bouleversent. C'est une sensation étrange, de douleur, de peine, de rage. C'est un mélange de sentiments en même temps. Ca me fait toujours mal évidemment", raconte à l'AFP Antonio, 48 ans, marié et père de deux enfants.

"De rage parce qu'on était des employés qui prenaient le train, que nous ne sommes pas des personnes importantes, des gens qui gagnent beaucoup d'argent ni rien, nous sommes des gens de la rue, des gens normaux. Des gens qui prennent le train à 7H30 du matin", s'indigne ce mathématicien qui travaille pour une banque.

"Alors oui, je ressens de la rage, de l'impuissance. Qu'a-t-on à voir avec la politique, nous les personnes qui travaillons pour gagner notre argent, faire vivre nos familles et avoir juste une vie décente, sans plus. On nous met dans la politique alors qu'on n'a rien à y faire", accuse-t-il.

Antonio, qui était dans un train à côté d'un wagon où l'une des dix bombes a explosé, dans la gare d'Atocha, souffre de stress post-traumatique et a énormément de mal à prendre les transports publics.

"Aujourd'hui, je prends la moto". Mais le train, "c'est très très dur, la peur est toujours là", confie-t-il.

Alors les images de l'attentat et tout ce qui peut lui rappeler l'horreur qu'il a vécue, il fuit. "J'évite. Je change de chaîne. Le 11 mars, j'irai certainement au cinéma ou je regarderai Disney Channel, la chaîne des enfants", confie-t-il.

Il trouve tout de même la force de raconter la "scène dantesque" du 11 mars 2004.

"Les vitres ont explosé. J'ai eu de la chance parce que je lisais mon journal et il m'a protégé. La jeune femme à côté de moi s'est retrouvée avec le visage maculé de morceaux de verre", se souvient-il.

Antonio réussit, avec un autre passager, à forcer la porte pour sortir. "C'était de la folie totale. Les gens couraient les uns vers les autres pour sortir, sans savoir où aller, en courant dans tous les sens", dit-il.

- La peur des autres -

Une fois sorti du train, au moment où il appelle sa femme, enceinte de six mois, pour la rassurer, une deuxième bombe explose. "Le téléphone s'est coupé et ma femme a eu vraiment peur parce qu'il n'y avait plus rien".

"La scène était dantesque. Il y avait des gens mutilés, des gens par terre, des gens très mal. Je n'aime pas m'en souvenir", coupe-t-il en baissant la voix.

La violence de l'explosion l'a projeté à terre, sur le quai. Sa jambe gauche est cassée mais il parvient à se hisser jusqu'à la rue. Là, par chance, un collègue qui allait travailler en voiture le voit et l'emmène à l'hôpital où il peut enfin appeler son épouse pour la rassurer.

Mais ironie du sort, l'année suivante, il se trouve à Londres lors des attentats du 7 juillet 2005 qui ont fait 52 morts dans le métro et un bus. Il est chez des amis, près d'Heathrow, dans la banlieue ouest de la capitale britannique.

"Quand on a commencé à entendre ce qui était arrivé, mes amis ont éteint la télé et la radio. Ma femme et mes amis ont essayé de m'isoler de tout ce qui se passait à Londres, de tout ce qui se passait à l'extérieur", raconte-t-il.

Le temps a passé mais pas la peur, dit Antonio. "Ma femme s'en plaint, mais je fais très attention aux gens qui sont autour de moi pour voir s'ils laissent quelque chose derrière eux".

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