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10/03/2014 09:35 EDT | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

Pris au piège dans le lac Donuzlav en Crimée, les marins ukrainiens résistent

Leurs navires sont prisonniers du lac Donuzlav qui s'ouvre sur la mer Noire et dont l'accès à été barré par trois bateaux que les Russes ont coulé. Mais dans leur base du sud de la Crimée, les officiers ukrainiens gardent la tête haute.

Les vagues battent contre le flanc de l'Ochakov, un vieux navire de l'ère soviétique qui a été sabordé par la marine russe face à l'étroite passe reliant le lac Donuzlav à la mer Noire, sur la côte occidentale de la Crimée.

Il est couché sur le côté, ses structures dépassent des flots et, avec deux autres unités plus petites coulées à ses côtés, il emprisonne désormais les navires ukrainiens à l'intérieur du lac.

"C'est bloqué, nous ne pouvons plus sortir", admet, dans la base voisine de Novoozerne, l'une des quatre plus grandes de Crimée, le capitaine Viktor Chmyganovski, commandant-adjoint. "Si nous étions encore libres de nos mouvements, nous aurions pu rallier le reste de la flotte ukrainienne à Odessa. Nous aurions été plus puissants à leurs côtés".

Le port d'Odessa, à 230 km à l'ouest, abrite l'essentiel de la flotte ukrainienne, née du partage laborieusement négocié de la flotte soviétique entre Moscou et Kiev après l'éclatement de l'Union Soviétique en 1991.

La marine de guerre ukrainienne a des ressources limitées et a été gravement affectée par la défection, la semaine dernière, de son chef, l'amiral Denis Berezovski, qui a prêté allégeance aux autorités pro-russes de Crimée.

Un nouveau chef vient d'être désigné. Son quartier général à Sébastopol, où la flotte de la mer Noire a été fondée par Catherine II il y a 230 ans, est depuis plusieurs jours assiégé par des militants et des civils armés pro-russes.

- Dix fois plus petite -

La base de Novoozerne, bâtie en 1976 par les Soviétiques, encore "décorée" de vieux missiles et d'équipements de télécoms datant de l'époque de la Guerre Froide, est défendue par une poignée de soldats armés de kalachnikovs. Sur cette position, que personne n'assiège, les couleurs jaune et bleue de l'Ukraine flottent au vent.

Après que la passe eut été bloquée, le commandant de la flotte russe de la mer noire, l'amiral Olexandre Vitko, est venu en personne à la base pour tenter de persuader les soldats de faire aussi défection, affirme le capitaine Chmyganovski.

"Ils voulaient que nous jurions fidélité au peuple russe" dit-il. "Nous lui avons donné la seule réponse honorable: les soldats ukrainiens resteront fidèles au peuple ukrainien. Depuis nous sommes régulièrement survolés par leurs avions et leurs hélicoptères, ils tentent de nous atteindre au moral".

Les officiers refusent de préciser combien de leurs navires sont pris au piège du lac Donuzlav.

La marine ukrainienne est dix fois plus petite que celle de Moscou et souffre de "financements inadéquats" estime le centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS).

Kiev ne possède qu'un seul sous-marin, datant de l'ère soviétique, qu'il tente de "remettre en service après une décennie d'inactivité", ajoute l'IISS.

Malgré sa situation peu enviable pour un marin, le capitaine Chmyganovsky ne cèdera pas. "L'histoire nous apprend que ceux qui ne peuvent faire de la politique ont recours aux armes. Un amiral a un jour affirmé que Sébastopol ne se rendait pas. Aujourd'hui nous disons la même chose de la marine ukrainienne".

Depuis le début de la crise et l'intervention de l'armée russe en Crimée "aucune unité navale ukrainienne n'a baissé les armes, à l'exception de l'amiral Berezovksi. Personne n'a prêté serment à la Crimée ou au peuple russe. Notre loyauté est et reste à l'égard du peuple ukrainien", promet le capitaine.

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